Publié dans le ForumInfo n°16, novembre 2004

La question de l'eau dans le bassin du Jourdain montre comment, dès les années 1920 et le mandat britannique, une tension profonde s'est progressivement installée et a fait émerger un contexte politique particulier : désormais possession de la terre et de l'eau se confondent.

À partir de 1953, Israël commence à détourner les eaux du Jourdain et se trouve confronté au désaccord de la Jordanie et de la Syrie qui construisent deux réservoirs artificiels sur le Yarmouk. La carte des lieux occupés par Israël depuis ses conquêtes de 1967 - ou jusqu'à une date récente - recouvre celle des espaces hydro-graphiques : les hauteurs du Golan, les rives du lac Tibériade et du Jourdain, de sa source à la Mer Morte. Depuis les accords d'Oslo de 1993 et 1995, le règlement du partage des ressources en eau est sans cesse reporté.

Une répartition équitable de l'eau ?

Depuis 40 ans Israël a un contrôle presque total sur les sources d'eau palestiniennes par la destruction de puits, de citernes, de canalisations, en raison des restrictions d'accès aux puits et aux réserves naturelles ainsi qu'aux "zones militaires" fermées.

Et le mur de sécurité enclave encore des puits, des sources, des citernes et accélère la confiscation de l'eau. Ce mur ne serait-il pas aussi la mise en pratique de l'étape finale de la colonisation ?

L'eau, problème de santé publique dans les territoires palestiniens

La pénurie d'eau aggrave les inégalités dans les domaines de l'agriculture, de la vie quotidienne et de la santé. Dans le sud de la bande de Gaza, "zone écologiquement morte", les habitants boivent une eau impropre même à l'agriculture, chargée en nitrates et il n'y a pas d'autres solutions que d'acheminer l'eau de l'extérieur. Les palestiniens doivent recourir à l'achat d'eau fournie par des camions-citernes, vendue par une compagnie israélienne qui en a le monopole.

Les nappes phréatiques de la bande de Gaza, surexploitées ont une teneur en sel excessive pour être consommées.

Les habitudes culturelles entretiennent ces inégalités : la plupart des colons qui viennent de pays occidentaux (Russie, Europe de l'Ouest, États-Unis) sont peu sensibilisés à la "valeur" de l'eau et à la nécessité de l'économiser : consommation domestique élevée... villas avec jardin, cultures gourmandes en irrigation.

Depuis les années 80, Israël a commencé à réutiliser les eaux usées pour l'irrigation et a signé en 2004 un marché pour acheter de l'eau en provenance de Turquie, acheminée par des camions-citernes...

Actuellement, certaines villes de Cisjordanie ne bénéficient d'eau courante que pendant quelques heures ou quelques jours par semaine : ainsi, chacun des 50 districts d’Hébron, ne peut accéder à l'eau potable que durant 24 heures tous les 50 jours. Plus de 150 villages ne sont pas reliés à ces réseaux (37 % environ de la population) et les réserves sont faites dans des conditions d'hygiène hasardeuses.

Y a-t-il une coopération possible et des solutions ?

Le 27 mai 2004, Israël dépose un projet au Comité de la Chambre des Représentants des Relations Internationales (HRCIR) concernant la construction d'une usine géante de dessalement de l'eau de mer - à Césaré - sur la côte méditer-ranéenne. L'eau sera acheminée vers la Cisjordanie par un réseau de pipelines qui desservira les grandes villes et 250 villages.

Mais le financement et l'acheminement de cette opération sont problématiques : le gouvernement israélien garantirait le passage de l'eau sur son territoire en échange de l'autorisation de continuer à pomper les eaux de Cisjordanie.

La Cisjordanie serait donc alimentée par l'eau de mer, alors que ses nappes phréatiques peuvent lui fournir l'eau dont elle a besoin. Une autre usine alimenterait la bande de Gaza : le projet serait à ce jour, approuvé et financé mais en suspens en raison de la permanence de l'Intifada.

On ne peut que s'inquiéter de la réalisation de ces projets qui laisseront la Palestine tributaire des bonnes ou des mauvaises relations avec ses voisins. Des évènements récents montrent que de nombreuses infrastructures de l'état palestinien, financées en partie par l’Union Européenne, ont été détruites par les bombardements.

Le cas de cette région est un symbole fort pour le monde entier parce que la question de l'accès à l'eau est un des enjeux majeurs du 21ème siècle : une conférence de l'UNESCO s'est tenue à Zaragoza en Espagne, du 6 au 8 octobre 2004, " L'eau, un catalyseur pour la paix".

Un site à consulter : www.france-palestine.org