Éditorial du ForumInfo n°16, novembre 2004

Fleurs





Un jeudi matin 8h25. La camionnette d'une entreprise de jardins et espaces verts s'avance avec précaution au milieu des enfants qui se rendent à l'école du Guichet. S'arrêtant devant la grille d'entrée, le conducteur descend de son véhicule, ouvre le battant arrière, qui dissimulait une citerne et un moteur à explosion. L'homme actionne le moteur qui se révèle être celui d'une pompe à eau. Au moyen d'un tuyau, il arrose alors un grand bac à fleurs situé devant l'école. Et il repart vers la prochaine jardinière.

L'opération n'a duré que quelques minutes, et nous voilà soudain saisis de vertige : en additionnant le salaire de l'employé, l'achat et l'entretien de la camionnette, de la pompe, et le prix du carburant, quel peut bien être le coût d'un litre d'eau arrosé ? En multipliant par les très nombreux bacs et jardinières de la ville, notre vertige de contribuable croît. Plus vertigineux encore : à l'heure du protocole de Kyoto, de la menace de l'effet de serre sur notre climat, du risque de pénurie d'eau, combien de litres d'essence gaspillés pour un litre d'eau arrosé ?

Bon, mais ça crée des emplois… Oui mais quels emplois, pour quel projet de ville et de vie ? Et l'on se prend à rêver : d'un projet de fleurissement durable de la ville partagé et pris en charge par les habitants, créateur de lien social, papotage autour des jardinières, enfants des écoles avec leur petits arrosoirs à la récré. Avec l'appui de la municipalité pour la mise en place des bacs et l'animation du projet. Des animateurs socio-horticoles plutôt que des arroseurs-pollueurs… La rêverie s'estompe et la dure réalité nous rattrape : le train de 8h28 vient de partir, manqué pour quelques fleurs….