Publié dans le ForumInfo n°17, octobre 2005
Dossier Agriculture Péri-urbaine

Construisons les villes à la campagnes, proposait Alphonse Allais… Au delà du paradoxe, quels rapports entre ville et campagne ? Ce dossier (p. 3 à 7) présente deux situations contrastées : le plateau de Saclay, où c'est une association militante qui porte (presque) seule un projet de défense de l'agriculture, et le Triangle Vert, où des élus, quelque soit leur étiquette politique, s'engagent dans un projet agri-urbain.

Nous avons trouvé la comparaison des deux situations très éclairante, et vous ?

Les Jardins de Cérès : les citadins prennent la clé des champs

Une centaine de personnes qui se donnent rendez-vous un samedi après midi dans un champ cultivé sur le plateau de Saclay : faucheurs volontaires d’OGM ? Et bien non, ce sont les adhérents de l’AMAP "Les Jardins de Cérès" qui viennent arracher "leurs" pommes de terre.

Une AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) réunit en effet un groupe de consommateurs et un agriculteur qui passent un contrat pour l’achat d’une partie des récoltes ou de la production animale. Les deux principes fondamentaux de ce contrat sont l’équité et la proximité.

Équité, puisque les consommateurs s’engagent à acheter une certaine quantité de produits en payant à l’avance et à un prix juste. En contre partie, l’agriculteur s’engage à une totale transparence sur ses techniques de cultures, ses coûts, et cherche à minimiser, autant que possible, l’utilisation de produits de traitement chimiques.

La proximité entre la ferme et les consommateurs est le second principe essentiel du contrat. Cela permet aux consommateurs de savoir comment sont cultivées les terres, de participer à une partie des travaux, mais aussi de rapprocher la production de la consommation pour économiser les coûts de transport, emballage et marketing. La pollution et le gaspillage associés aux circuits de distribution traditionnels sont ainsi éliminés. Cette proximité réintroduit également du lien social entre agriculteurs et citadins et entre citadins eux-mêmes.

Au final, le lien entre la ville et l’agriculture est recréé, notamment là où il est le plus en péril, c’est à dire à proximité des grandes villes. Les AMAP contribuent ainsi au maintien des terres agricoles en zone péri-urbaine.

Les AMAP se développent rapidement. La première a été créée en 2001 dans le sud de la France, à l’image de celles existant au Japon. Il existe aujourd’hui une centaine d’AMAP en France, dont 15 en région parisienne (et 15 nouveaux projets). Les groupes comptent en général de 15 à 40 personnes, l’AMAP "les Jardins de Cérès", basée sur le plateau de Saclay compte elle déjà plus de 200 personnes.

Questions à François Lerique, président des Jardins de Cérès

Quelle est la motivation des adhérents de l’association ?

Manger des produits sains n’est qu’un des aspects de la motivation des consommateurs adhérents d’une AMAP. Concernant les Jardins de Cérès, c’est probablement la protection des terres agricoles contre l’urbanisation qui est leur préoccupation principale. Il ne reste qu’une douzaine d’agriculteurs sur le plateau de Saclay, et les projets d’urbanisation se multiplient.

Quelles actions mène votre AMAP pour défendre l’agriculture ?

Pôle de compétitivité, construction de logements à Palaiseau, Toussus le Noble, Saclay (Cf. carte p. 3), doublement des routes... La pression est forte. Les problèmes de logement en Île de France sont très sérieux, mais ne peuvent être résolus par une urbanisation qui apportera de nouveaux problèmes de circulation, de pollution et d’écoulement des eaux. La géologie très particulière du Plateau de Saclay, avec une couche d’argile perchée doit être respectée pour éviter un dérèglement complet du système hydraulique.

L’urbanisation est-elle inéluctable ?

Elle est par définition inéluctable si on laisse faire. À l’inverse, une politique volontariste peut rendre le projet agricole viable comme c’est le cas dans le Triangle Vert (Cf p. 6). Ici, certaines terres, pourtant classées non constructibles, sont vendues 10 fois le prix des terres agricoles par des services de l’État , comme s’ils avaient déjà anticipé le passage de ces terres en zone urbanisable ! Le conseil régional d’Île de France pourrait déclarer le Plateau de Saclay zone d’agriculture protégée mais ne le fait pas. Les agriculteurs sont prêts à s’installer ailleurs si l’exploitation des terres devient trop difficile. Les propriétaires terriens attendent que les prix montent….

Quels sont ces projets ?

Nous renforçons nos liens avec l’agriculteur membre de l’AMAP. Au contrat sur la pomme de terre vient s’ajouter un nouveau contrat pour des lentilles. Au delà, nous proposons de créer un pôle de compétence agricole : il s’agit de transformer la ferme des Granges en un nouveau lieu de rencontre entre agriculture et citadins : une maison de l’agriculture et de l’écologie ouverte à tous, doublée d’un lieu de recherche, expérimentation et formation agricole. Enfin nous lançons un projet pour acheter collectivement des terres du plateau (voir encadré).

Pour en savoir plus :

http://jardins.ceres91.net/

Carte_plateau_de_Saclay