Publié dans le ForumInfo n°18, juin 2006

Dossier Energie


Pourquoi le mode de transport le moins économe en énergie est celui qui croît le plus vite, au moment même où nous devons économiser le maximum d’énergie possible ?

Si le développement de l’aviation de masse est perçu positivement par la majorité des citoyens et symbolise une forme de progrès, ce mode de transport souffre pourtant d’un grave déficit écologique dont on ne pourra pas s’acquitter facilement, au vu des scénarii de croissance de l’activité (de 4 à 8 % par an).

La question de l’environnement ne fut pas posée aux aéronauticiens, plus soucieux de performance et de sécurité, jusqu’au développement véritable du trafic aérien. La première fois qu’elle se posa vraiment, ce fut localement, par le vacarme ulcérant plus d’un riverain autour des aéroports. Aujourd’hui, c’est l’énergie dépensée qui interroge, avec ces deux facettes bien connues :

­ d’un côté, la consommation pétrolière : À l’heure où certaines voix commencent à être entendues, qui rappellent les limites de nos productions fossiles et leurs conséquences sur nos habitudes de vie, nos sociétés occidentales continuent de se « développer » sur la croyance en des ressources énergétiques infinies. Le transport aérien est un de ces secteurs "fuel addict" pour lequel les perspectives de substitution énergétique sont très floues. Les compagnies aériennes ne perçoivent cette question que sous la lorgnette d’une éventuelle hausse du kérosène. Ce faisant elles oublient de remettre en cause la logique de croissance de leur activité. Le mirage technologique entretient et légitime l’hypermobilité contemporaine en faisant appel à une éternelle solution de rechange ;

- de l’autre, les émissions de gaz à effet de serre induites, et la menace de trouble climatique dû à la combustion du kérosène. Devant l’urgence de réduire drastiquement nos émissions de CO2 (idéalement de 60 à 80 % avant la fin du XXIème siècle), contraindre les transports aériens semble difficilement évitable. Clamer leur contribution marginale (2 à 4 % des émissions annuelles mondiales) semble une position bien hypocrite et très fragile.

Frappés d’une myopie sévère sur ces sujets, les acteurs du transport aérien vont devoir prouver leur capacité à innover s’ils souhaitent apporter une contribution positive au défi mondial de l’énergie : l’avion rentre maintenant dans une ère "de forte turbulence". Son obligatoire transition vers un bilan environnemental moins catastrophique demandera bien plus que quelques affichages publicitaires ou signatures d’accords volontaires sans objectif précis.

Quant à nous, il s’agit surtout de nous interroger sur quelle mobilité participe d’un réel progrès social, afin d’éviter d’avoir à choisir un jour entre le chauffage pour notre maison et le transport des biens et des personnes !