biocarburants

Publié dans le ForumInfo n°18, juin 2006

Dossier Energie


En voila un article rabat-joie. On avait pourtant trouvé l’énergie la plus écologique possible : utiliser des plantes pour faire des carburants, sachant que les plantes sont capables de capter l’énergie du soleil et le gaz carbonique (CO2) de l’atmosphère pour fabriquer du « pétrole vert » pour nos voitures. Et on ferait même d’une pierre deux coups : d’un coté, on utilise l’énergie du soleil qui est gratuite ; d’un autre coté, en brûlant des biocarburants, on ne fait que renvoyer dans l’atmosphère le CO2 que les plantes y  ont puisé, donc le bilan en terme de gaz à effet de serre est nul, pas plus de CO2 dans l’atmosphère, moindre dépendance vis à vis des pays pétroliers. Du coup, le gouvernement a lancé un plan prévoyant de cultiver à l’horizon 2010 environ 2 millions d’hectares pour la bioénergie, soit près de 10% des terres arables. Oui mais...

Il faut y regarder d’un peu plus près. Pour cultiver la terre, il faut généralement la travailler avec un tracteur (qui roule au diesel), y mettre des engrais (dont la fabrication nécessite beaucoup d’énergie), récolter, transporter, transformer, valoriser ou éliminer des sous-produits. On peut ainsi s’amuser à faire le bilan de tout le pétrole qui rentre dans la filière pour produire ces biocarburants sous nos latitudes. Pour le plus performant d’entre eux, le diester, produit à partir du colza, un litre de pétrole consommé dans la filière permet de produire 2,5 litres de biocarburant. Le diester de tournesol est un peu moins performant. Pour l’éthanol produit à partir de betteraves, c’est nettement moins bon : 1,3 litre obtenu pour un litre consommé. Et pour l’éthanol de blé on tombé à 1,2 pour 1 : le bilan énergétique est pratiquement nul, autant brûler directement le pétrole ! De plus, pour arriver à une production significative, il faudrait une telle surface que les biocarburants entreraient en compétition avec les cultures pour l’alimentation….

Et puis il y a aussi des impacts écologiques, c’est le comble pour du pétrole vert : l’utilisation d’engrais azotés, nécessaires pour obtenir des rendements élevés en blé, betteraves ou colza, entraîne des pollutions de l’eau par les nitrates, ou le dégagement de protoxyde d’azote, qui est, manque de chance, un gaz à effet de serre… Il faut aussi tenir compte des pollutions dues aux pesticides. Par ailleurs, si on privilégie le biocarburant le plus rentable énergétiquement, le diester de colza, cela signifie, au moins dans certaines régions, une très grande augmentation de la surface cultivée en colza, ce qui risque d’induire des déséquilibres écologiques. Les dépérissements d’abeilles observés ces dernières années pourraient être en partie causés par des déséquilibres alimentaires, déséquilibres qui ne feraient que s’aggraver si les pauvres petites bêtes n’avaient plus que du nectar de colza à se mettre sous la trompe.

Pas de futur pour le pétrole vert ? Si peut être… D’abord parce que les biocarburants que l’on sait fabriquer aujourd’hui ne valorisent que la partie « noble » de certaines productions agricoles : l’huile du colza, l’amidon du blé ou le sucre de la betterave. Quand on saura transformer en biocarburants de la paille, du bois, ou la totalité de la biomasse produite par un couvert de plantes pérennes, on améliorera nettement les bilans énergétiques et écologiques. Une usine pilote existe déjà en France, mais sans production à grande échelle avant 10 ou 15 ans. En attendant on roulera (un peu) avec des biocarburants pas très performants d’un point de vue énergétique et écologique, et nécessitant des aides fiscales pour être rentables. Aides fiscales qui seraient peut-être mieux valorisées si elles étaient utilisées pour développer le transport collectif, le ferroutage, les économies d’énergie…enfin là, on s’égare….