<p><p><p><p><p><p>Mayonnaise de cluster et </p></p></p></p></p></p>

"Le danger est de casser des liens pluridisciplinaires,
les plus générateurs de créativité,
d’une communauté qui a mis des dizaines d’années
à se constituer et à élaborer ses codes"

Roger Fourme, chercheur au synchrotron Soleil

 

Mais où sont donc passés les chercheurs ? Pas très visibles depuis la relance du projet d’aménagement du plateau par Christian Blanc, mis à part des déclarations de la présidente de l’Université Paris Sud, Anita Bersellini, estimant que le corps enseignant est "massivement d’accord". Cela peut se comprendre, vu les conditions actuelles de travail dans les bâtiments dégradés de la faculté d’Orsay, comme l’expliquait une chercheuse (tout en le déplorant), lors de la réunion publique organisée hier par le GALU de Palaiseau.

Au cours de cette réunion, Roger Fourme, directeur scientifique du synchrotron Soleil pendant plusieurs années, a montré de façon très vivante et vécue combien ce que l’on faisait miroiter aux chercheurs était un leurre, voire un piège. Certes, le pôle de recherche constitué autour de la Faculté d’Orsay, des centres de recherche et des écoles du plateau de Saclay constitue un potentiel formidable qui pourrait être mieux exploité, accord sur ce point du chercheur avec Christian Blanc. Mais l’accord s’arrête là. Tout le projet de l’Etat, argumente le chercheur, s’appuie en effet sur une conception "inexacte et tendancieuse" de l’état de la science française, vue à travers le prisme déformant du classement de Shanghai et repose sur une conception du cluster ne tenant pas compte des relations "très complexes" qui se nouent entre les différents acteurs d’un cluster, et qui font que la mayonnaise prend ou ne prend pas. On retrouve là des arguments que nous avions avancés d’un point de vue général dans notre récente lettre à Christian Blanc. Cela est très rassurant (et en même temps inquiétant) de les voir avancés de façon très concrète par un praticien local de la recherche, preuve qu’on n’était pas à coté de la plaque.

Mais le chercheur va plus loin, en analysant les soubassements idéologiques à l’oeuvre derrière tout cela. Il s’agit de mettre la recherche publique au service des plus grands groupes privés (et eux seuls) au moyen d’un pilotage des orientations scientifiques s’appuyant sur les nouveaux instruments de financement et d’évaluation de la recherche que sont l’ANR et l’AERES. Cela permettra au passage de "casser" ce repère de gauche un peu incontrôlable que constitue la Faculté d’Orsay.

Il y a donc beaucoup à perdre en gagnant des locaux flambant neuf, comme le résume la phrase citée en introduction de cet article. Proposition de l’intervenant : face à la "stratégie du choc", (pour reprendre le titre du dernier ouvrage de Naomi Klein) impulsée par l’Etat, il est urgent de prendre le temps de bien penser à ce que l’on fait, en mandatant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), instance parlementaire, pour analyser en profondeur tous les tenants et aboutissants de la question.

L’Etat saura-t-il se mettre à l’écoute des acteurs ou persistera-t-il dans ses visées bonapartistes ?