L’agriculture a besoin de terres.
Cela n’est certes pas suffisant pour assurer sa viabilité,
mais c’est au moins nécessaire.
La question de la consommation de terres agricoles
dans le projet Saclay est donc cruciale.

Petit rappel : le projet présenté par Christian Blanc en novembre 2008 promettait la sanctuarisation de 1800 ha de terres agricoles. Tollé général, l’ensemble des acteurs s’étant accordé sur un minimum de 2300 ha lors d’une phase précédente du projet. Ne garder que 1800 ha, suppose une consommation de terres agricoles que l’on peut estimer à 800 ha, en gros le double de ce qui est prévu dans le schéma directeur de la région Ile de France (SDRIF).

Le plan Campus est la première traduction concrète du projet Blanc, et oh surprise, pour l’ensemble du projet, seulement 183 ha d’urbanisation sont annoncés, soit moins que prévu par le SDRIF : au sud de la RD36, on compte 16 pastilles oranges (cf. carte du SDRIF), ce qui représente environ 400 ha urbanisables. Le projet ne prévoit d’urbaniser que la moitié de ce potentiel.

No problem donc ? Cherchez l’erreur : on ne parle tout simplement pas de la même chose ! Le plan Campus n’est ce que la partie « recherche » du projet, disons ce que la bande à Valérie Pécresse rêve de faire si ils avaient l’argent, ce qui n’est pas gagné. Le projet Saclay, celui de la bande à Christian Blanc, est beaucoup plus large (cf. carte du projet Blanc), les espaces urbanisables dépassent largement le périmètre du plan Campus. Essayer de nous refiler le projet en le coupant en petits morceaux, la ficelle n’est-elle pas un peu grosse ?

Ces précisions faites, voyons maintenant quel est le statut de l’agriculture dans le projet Campus : ce n’est jamais une activité économique, mais au choix un terrain d’expérimentation, un paysage, des « valeurs ». Même pas une page au total dans un projet qui en compte 65.

Extraits :

Il s’agit de créer « l’un des plus grands centres mondiaux de recherche en matière d’agro-systèmes et de milieux naturels ». (tout en détruisant les milieux naturels !)
« Des acteurs des pôles biologie santé, sciences et ingénierie du vivant pour l’agriculture (…) souhaitent que la préservation et la valorisation des agro-écosystèmes et des milieux semi-naturels du site soient assurées à des fins pédagogiques, scientifiques et de conservation ».
« Cette ambition est motivée par l’exceptionnelle dimension paysagère du plateau et parce que cette dimension s’inscrit dans le projet urbanistique comme une valeur fondamentale du projet ».

Tout cela est fort bien, les défis que les questions agricoles posent à la recherche sont effectivement redoutables (réduction des pollutions, augmentation de la demande alimentaire mondiale). Mais il n’est à aucun moment question de l’agriculture comme une activité économique créatrice de richesse et d’emploi, produisant des aliments et pouvant tirer profit de la proximité de la ville, par exemple pour raccourcir les circuits de distribution. Le projet a beau mentionner « les qualités agricoles, exceptionnelles, ceci sans irrigation » des terres du plateau, les seuls hectares de production agricole cités dans le projet sont les 150 ha prévus pour les expérimentations des organismes de recherche travaillant sur la question (AgroParisTech, INRA, etc.)

En bref : des paysages et des agro-systèmes oui, mais des agriculteurs, consommateurs et autres AMAP, non !

Et c’est de même pour les écosystèmes naturels et « semi-naturels » (c’est quoi ça ?) affichés comme « une vitrine de la recherche et de démonstration pédagogique ».

Certes le document recense l’existant : coopération entre l’Université Paris XI et l’ONF sur un projet pédagogique pour la gestion forestière de la Guyonnerie, collections botaniques du domaine de la faculté d’Orsay (au fait, que deviendraient-elles si la fac quitte le site de Launay ?)

Le projet propose même de créer un autre « pôle botanique » sur le plateau avec l’Université (en attendant, c’est l’association Orsay-Nature, ABON, qui entretient bénévolement le verger et ses militants sont complètement démoralisés !), ou encore de « valoriser la forêt pédagogique de la Guyonnerie », « valoriser le parc botanique de Launay dans la vallée », « réaménager l’Yvette » et promet finalement « un réseau structurant de circulation douce ».

Le ressenti persistant que la nature et l'agriculture ne sont, au mieux, que des faire-valoir se renforce dans les dernières lignes du chapitre, qui proposent de « créer un tissu végétal sur le campus afin de renforcer le caractère identitaire de la trame verte »

A quand des T-shirts et casquettes « I love plateau de Saclay ® » ?