La défense, 30 juin.
Nicolas Sarkozy annonce une loi sur le grand Paris à l’automne.

Une loi ? En avons-nous besoin ? D’autant qu’à la lecture du discours, cette loi ne semble être rien d’autre que l’attribut du pouvoir contre les dispositifs de concertation actuels, contre les règles (d’urbanisme), contre les territoires, ou, encore contre le statut de la RATP.

Reprenons point par point ces éléments de lecture du discours.

- Nicolas Sarkozy veut "accélérer les procédures" pour "éviter les études interminables, les débats qui n’en finissent plus". On apprécie, alors que l’on attend toujours le grand débat public à propos du plateau de Saclay...
Conséquence 1 : un texte contre la concertation… Tout en annonçant un débat pour l’hiver 2010 (pendant la campagne des régionales).
Conséquence 1bis, sous forme de question : aura-t-on une seule concertation pour le grand Paris ? Est-ce à dire qu’il y aura un gigantesque objet traité très vite ? Et traitant de quoi : d’une orientation générale, ou d’une infinité de questions hyper locales…
En un mot, on redoute un grand débat très éloigné du terrain, clos rapidement, et qui ne permet en fait que de légitimer ce qui est décidé. La démocratie serait-elle aussi "un truc qui s'éternise pour aboutir à rien" pour reprendre les propos présidentiels ?

- Et puis Nicolas Sarkozy a souhaité un texte pour établir des périmètres "autour des gares où les procédures d’urbanisme seront assouplies".
Conséquence 2. Un texte pour déréglementer l’urbanisme, pour favoriser l’action des promoteurs. Densifier l'existant, pourquoi pas, l'extension de la ville est défavorable au développement durable, mais n'est-ce pas aux collectivités locales de le décider ?

- Ensuite la création d’un "établissement ou même d’une société à capitaux publics (…) chargé de la maîtrise d’ouvrage et d’aménagement". Le modèle de La Défense revient régulièrement dans le discours. Les amis promoteurs de Hauts-de-Seine apprécient certainement.
Conséquence 3. Un outil ad’hoc donc, dont on attend avec impatience le modèle de transparence et de gouvernance.

- Enfin, la RATP devra se moderniser, pour faire face à ces défis majeurs, et devenir une "véritable entreprise publique", "c’est l’ouverture progressive à la concurrence dans 20 ou 30 ans des transports parisiens".
Conséquence 4. La déréglementation des transports est clairement affichée. La RATP devra s’adapter… et pourra donc être mise en concurrence. Nous pourrions avoir un système morcelé avec des sociétés différentes coexistant sur le réseau. Pour ceux qui aiment Ken Loach, on vous conseille le film The Navigators ; c’est un parfait résumé des dégâts de la déréglementation des transports britanniques. Rappelons que suite à la dégradation radicale des conditions de transports et à plusieurs accidents graves, Tony Blair avait décidé de renationaliser…
Voici le choix qui sera imposé à la RATP : soit rester sous tutelle publique et se limiter au marché parisien, soit s’inscrire dans une logique concurrentielle pour pouvoir étendre son champ de compétence (ie viser les transports à Lille ou Marseille). Et dans ce cas c’est toujours le PDG qui décide… et qui nomme la direction ?