« J’ai déjà dit, au sujet du projet de loi du Grand Paris, que dans la partie concernant le futur établissement public (EP) Paris-Saclay (Titre 5), la description des moyens de la concertation avec le public devait être fortement améliorée. Ce sera le rôle du débat parlementaire. »

Voilà une déclaration faite par Lucien Chabason, garant de la concertation au sein de la mission de préfiguration de l’EP Paris-Saclay, qui à la fois nous rassure et nous inquiète.

Elle nous rassure, parce qu’elle émane d’une personnalité engagée dans ce processus sans faire partie du milieu associatif mais qui rejoint nos analyses. Dans notre précédent article, nous avions en effet pointé que l’article concernant la concertation était passé à la trappe dans la dernière version du projet de loi. Il est rassurant de voir que d’autres que nous trouvent cela préoccupant. Cette prise de position courageuse du garant de la concertation s’est faite au cours d’une réunion entre le milieu associatif et la Mission de préfiguration de l’EP Paris-Saclay qui s’est tenue hier dans les locaux de la Mission à Orsay.

Mais cela nous inquiète aussi. En effet, au cours de la même réunion nous avons demandé à Pierre Veltz, Guillaume Pasquier et Lise Mesliand, représentants de la Mission, pourquoi cet article avait-il disparu. Ils ont fait comme s’ils n’étaient pas au courant. « il y a eu tant de versions de ces textes… » .. se sont-ils contentés de dire. Un peu court, non ?

Tout au long de la réunion, les responsables de la Mission nous ont semblé manquer pour le moins de clarté sur leur rôle dans le processus d’aménagement. L’exemple le plus flagrant concerne le déménagement de la faculté d’Orsay sur plateau : « le Conseil d’Administration de l’Université a voté en faveur de ce déménagement, il n’appartient pas à la Mission d’interférer dans cette décision ». Louable attitude de respect d’un principe démocratique, mais qui cadre mal avec le fait que cette opération se fasse dans un OIN, où justement l’Etat (qui de surcroît va financer l’opération) peut choisir de prendre la main. Et il y aurait matière.

En effet, le déménagement de l’Université sur le plateau est parfaitement contraire aux principes généraux d’aménagement énoncé par Pierre Veltz lui-même en début de réunion, notamment la parcimonie quant à l’usage de l’espace. Interrogé sur le caractère fort avancé des implantations des autres infrastructures prévues par le plan Campus, il a réaffirmé que ces « propositions, faites par les 23 institutions partenaires du plan Campus, n’étaient qu’un élément versé au dossier, et en aucun cas un plan définitif ». Est-ce crédible ? Dans ce contexte, proposer la création d’une ZAD (Zone d’aménagement différée) comme outil juridique de protection des terres agricoles apparaît au mieux comme un surcroît de maladresse, au pire comme la promesse d’urbanisation de ces terres.

En début de réunion Pierre Veltz nous avait présenté les 3 grands enjeux (synergie université recherche ; création d’emploi et d’activité ; cadre de vie et attractivité) et les 4 grands principes (préserver l’espace agricole, constituer un pole attractif mixant emploi et habitat ; penser l’économie d’espace ; concilier urbanité et nature). Des mots, déconnectés de la réalité et révélant même de l’impensé, de l’inconscient :les enjeux ne sont pas le développement durable, ni l’agriculture, ni la démocratie locale… tout cela reste au mieux au stade des principes.

Percevant finalement le manque de crédibilité de cette attitude ambiguë, les responsables de la Mission nous ont donné quelques exemples de leur volontarisme : négociation avec responsables de Polytechnique pour les convaincre de la nécessité de densifier le site de l’école, négociation serrée avec EDF sur la surface de leur futur implantation. Louable certes, mais secondaire…

Car pendant que nous discutons bien sagement, les projets avancent : Trois cabinets en charge respectivement de la définition des options générales d’aménagement, d’une étude d’impact environnemental et de l’établissement d’un schéma hydrologique du plateau sont en passe d’être sélectionnés et se mettront au travail d’ici la fin de l’année. La Mission nous a proposé d’accompagner leur travail (ainsi que le dossier des transports) en faisant parti d’un Comité dont le fonctionnement suivrait la charte de la concertation. Nous avons mis comme préalable à cette participation que les cahiers des charges sur lesquels ces cabinets travaillaient nous soient communiqués, selon un principe d’égalité d’accès à l’information. La mission s’y est engagée.

S’il s’avérait que toutes les options possibles ne sont pas a priori ouvertes, notamment concernant les options générales d’aménagement, nous nous retirerions bien évidemment, pour ne pas servir de caution démocratique à un projet déjà ficelé… et nos craintes à ce sujet restent entières.