Les nanotechnologies sont entrées depuis quelques semaines dans une controverse fortement médiatisée, suite aux incidents survenus dans les débats publics organisés dans diverses villes en France. Un de ces débats aura d’ailleurs lieu à Orsay le 26 janvier prochain à 19h30 à la Salle Jacques Tati.

Nanotechnologies ? Sous ce vocable très tendance quant il s'agit de désigner un tutti-frutti de technologies d'avenir que nos impôts doivent absolument subventionner (soit directement soit en remboursant le futur Grand Emprunt), se trouvent réunies des « choses » très variées qui ont en commun d'être structurées à l'échelle de 1 à 100 nm (le nanomètre est un milliardième de mètre), un dix-millième de cheveu, une centaine d'atomes.

Certains sont inoffensifs pour notre santé

Parmi ces objets, une partie n'est pas dangereuse pour notre santé : ce sont tous les matériaux structurés ou gravés à cette échelle pour des applications électroniques, optiques, électromagnétiques et qui pullulent, intégrés dans nos gadgets électroniques ou incorporés dans des appareillages professionnels : circuits intégrés, lasers et composants optiques, détecteurs, filtres…

D'autres sont déjà là et préoccupent les professionnels de la santé

Là, il ne s'agit plus de dessin ou de gravure, mais de dimension de l'objet élémentaire : au moins une dimension inférieure à 100 nm (particule, fil de moins de 100 nm de diamètre, film de moins de 100 nm d'épaisseur). Les nanomatériaux sont déjà partout, dont certains naturellement. Depuis longtemps l'homme en produit mais les techniques progressent et les performances portées à leur maximum génèrent d'importantes quantités de nanomatériaux non désirés qui portent déjà atteinte à la santé des employés et de tous les citoyens.

L'archétype
La silice cristalline pulvérisée a été identifiée comme la cause de la silicose. Cette maladie n'est reconnue, en France, maladie professionnelle des mineurs et carriers que depuis 1945, bien qu'indemnisée au Royaume-Uni dès 1919; elle est accompagnée, pour les mineurs de charbon, de poussière de carbone.

Produit très connu et très préoccupantnoir_carbone
Classé comme « cancérogène possible », le noir de carbone est produit dans de nombreuses réactions chimiques, des procédés d'usinage et de combustion dont celle des moteurs diesel. Produit industriellement, il est incorporé dans les pneumatiques (20-350 nm), dans les encres et toners; d'origine végétale, il peut être incorporé dans les aliments (E153).

Nouvelles nanoparticules

Le principe de précaution doit être la règle
La mode des nanoparticules étant lancée, on tente d'en fabriquer à partir de tous les matériaux qui s'y prêtent puis de tester leurs propriétés.
Pourquoi inquiètent-elles? Aux alentours de 50 nm la moitié des atomes d'une particule est en surface et renforce la réactivité de ces objets, souvent inoffensifs dans les tailles millimétriques, en même temps qu'ils peuvent être absorbés dans les alvéoles pulmonaires et pénétrer la peau.
Elles présentent toutes ce même risque de sur-réactivité, compensé en partie par leur tendance à s'agglomérer rapidement. De nombreuses agences de protection de l'environnement ont édictés des règlements très stricts au nom du principe de précaution : l'OMS a recommandé un seuil de 10 µg par m³, soit 20 millions de particules de 10 nm dans les 8000 litres d'air respirés quotidiennement par un humain moyen.

Un produit nouveau et inquiétantTIO2
Le dioxyde de titane (TiO2) est produit intentionnellement pour sa couleur blanche très réfléchissante pour être incorporé dans les peintures, papiers, médicaments, dentifrices et même certains aliments (E171). Dans les tailles 50 à 200 nm, il est utilisé dans les crèmes solaires « bio ». En poudre très fine (diamètre inférieur à 50 nm) il devient photo-catalyseur (vitre Bioclean, ciment auto-nettoyant TX-Arca). Son caractère oxydant fait craindre une forte cyto-toxicité (agressivité envers les cellules du corps) une fois le plus profond des poumons atteint. Il est classé cancérogène possible pour l’homme.

Moins préoccupant
La nanopoudre de silice pyrogénée remplace partiellement le carbone dans les pneus « verts », et semble dénuée de l'agressivité de la silice cristalline citée plus haut.

Ils arrivent et font peur

Les nanotubes de carbone ont un diamètre de quelques (1 à 10) nanomètres et une longueur pouvant atteindre plusieurs micromètres. Ils sont  déjà produits en quantité appréciable (des milliers de tonnes par une cinquantaine d'entreprises) alors que leur impact en cas d'inhalation appelle à la plus grande prudence. En effet, les premiers tests sur la souris montrent qu'une fois au contact de la plèvre, leur effet est comparable à celui des fibres d'amiante.

Expérimentalement, des nanotubes ont été produits à partir d'autres éléments dont le nitrure de bore, sans application à grande échelle pour l'instant.

buckyballeDes équipes de chercheurs ont créé et expérimentent d'autres molécules artificielles nanométriques à base de carbone, pour l'instant sans application à grande échelle tel le fullerène buckyballe « ballon de football ».

Où sont les nanoparticules aujourd'hui?

- Crèmes solaires et les cosmétiques : oxyde de titane, oxyde de zinc, argent, or
- Bouteilles en plastique pour la bière, balles de tennis : poudre d'argile
- Peinture anti-salissure: nanotubes de carbone
- Revêtement et vitres auto-nettoyantes: oxyde de titane
- Vêtements : argent (chaussettes), PTFE (=Teflon)

Une nécessaire inquiétude appelle des précautions maniaques

L'INRS qui veille en France aux risques professionnels, partage les préoccupations des instituts équivalents à travers le monde et est très circonspect sur la possibilité de filtrer ou de protéger la peau (combinaison, gants et masques) même avec des vêtements de protection de type 5 (combinaison complète sous pression).

Ils seront bientôt là et ne sont pas dangereux pour notre santé mais pour notre intimité

Les nombreux circuits intégrés dans vos gadgets mobiles et vos ordinateurs fixes sont aujourd'hui gravés avec une précision de 45 nm et demain (2010) à 32 nm. Mais le morceau de silicium ainsi gravé fait de 1 mm à 1 cm.

Aujourd'hui les étiquettes électroniques (RF-Id) ne sont que des codes-barres améliorés et n'ont rien de nano; ce sont plutôt de millimètres qu'il s'agit, d'autant que l'antenne reste encombrante. Il faudra encore quelques générations pour qu'elles soient suffisamment miniaturisées pour que l'on puisse les avaler par mégarde comme certains du Polonium. Ou qu'un moustique puisse les injecter plutôt que le Plasmodium de la malaria.