Jouy, 30 novembre.

Débat sur le Grand Paris, un débat qui fleure bon la novlangue du cluster, de la polarisation, de l’attractivité. Le modèle de développement est clairement exprimé : hyperconcentration et spécialisation reliés par un supermétro. Jolies cartes, argumentaires huilés, appuyés par de beaux exemples (Projet Seine amont, assez convaincant avec polarisation sur de l’urbain existant).

Un joli contraste au final, entre la Société du Grand Paris, pleine de certitude, des invités somme toute bien critique... et une salle plus critique encore.

Quelques trous noirs cependant, illustrés par deux chiffres donnés en séance par Gérard Lacoste (directeur général adjoint de l'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme).

Un million d’emplois supplémentaires à l’horizon 2030. De quoi faire dire plus tard à Veltz : il faut choisir : soit vous restez les provinciaux d’un monde qui bouge, soit nous serons au cœur d’un pôle mondial de demain… Ceci dit le million d’emploi n’est en rien prouvé… Pourtant JC Prager (Directeur des Etudes Economiques de la Société du Grand Paris, excusez du peu) nous répond que l’économétrie le prouve… mais que nous n’avons pas besoin de ses calculs et nous prend pour des imbéciles. Ce n’est pas à la hauteur d’un débat public.
Et 93% des emplois nouveaux sont annoncés sur les huit pôles hyperconcentrés.
Vous avez bien compris que le grand huit relie ces pôles…. Mais, chiffre complémentaire, seulement 3 % des trajets en Ile de France relient deux lieux de travail (et moins encore, 1,7 %, en transport en commun)… Qu’est ce à dire ? Que les déplacements n’ont pas principalement trait à l’activité de travail, mais servent à aller au travail.
Mis cote à cote, ces deux chiffres montrent que la concentration ne traite pas des problèmes des habitants… Mis à part une intervention dans la salle qui a donné la bonne idée à Veltz de répondre, rien n’a ainsi été dit ou presque sur l’existant : le RERB notamment…
Autre fait têtu, la rapidité croissante des transports ne réduit pas le temps de déplacement, mais, permet de facto à un bassin plus éloigné d’accéder à un bassin d’emploi, comme l’a expliqué Marc Wiel (mais nous reviendrons sur son intervention )…

A propos des clusters et de la polarisation qui semble être un facteur majeur de coordination et de synergie, Gérard Lacoste nous a aussi montré de bien belles cartes qui nous permettent tout d’abord de voir que les frontières des clusters sont très floues. Avant que le grand paris ne s’empare de ces réalités, ces agglomérats d’activités s’étendent bien au-delà des jolies taches dessinées sur une carte… Ceci rendant dérisoire tout  projet de déplacement de quelques km d’universités ou centre de recherche… et bien peu opérationnel un transport rapide de point à point. Seconde découverte… Les clusters ne sont pas spécialisés, mais au contraire multipolaires… Sympa les invités du débat, qui ont montré en termes certes très diplomatiques que la Société du grand Paris était assez largement à coté de la plaque.

Ainsi, une fois encore le discours se veut performatif, il veut voir et croire dans une réalité unique et incontournable. Le discours situe des clusters sur une carte défiant la réalité, focalisant sur une géographie mythifiée. Au final nous avons un joli archipel de 8 clusters avec un beau réseau ferré… sans un mot sur son financement.
Mais pourquoi parler d’Archipel ? On vous donne la clé. Mondialisation, ville et territoire, L'économie d’archipel, c’est le titre du très bon bouquin de Pierre Veltz sur la mondialisation des organisations… bouquin écrit avant qu’il ne se mêle trop de projets présidentiels…