Lors du débat sur le grand Paris le 30 Novembre a Jouy-en-Josas, Marc Wiel, urbaniste, nous a fait part d’un joli paradoxe, qui ressemble fort à l’effet rebond dans le domaine énergétique.

En matière d’énergie, on a fini par comprendre que lorsque l’on améliorait l’efficacité (le rendement), cela ne diminuait pas la consommation totale, car la baisse du coût engendré par l’amélioration de l’efficacité énergétique induit des arbitrages favorables à la consommation d’énergie… D’où l’ainsi nommé effet rebond : face à une crise énergétique annoncée, l’innovation et la maîtrise des process a pour effet paradoxal d’accroître la consommation totale.

Dans le domaine des transports, comme évoqué dans le billet précédent, il se passe quelque chose d’identique.

En favorisant un réseau rapide, on risque fort d’étendre le bassin d’emploi sans penser aux bassins de vie. Etendre le bassin d’emploi n’est pas mauvais en soit, et permet d’aller chercher plus loin les spécialistes (car, on a compris, les clusters sont spécialisés). Mais cela ne réduit pas le temps passé effectivement dans les transports, premier rebond…
Et il y a un deuxième rebond, en forme de retour de manivelle : en favorisant le lointain (par des transports efficaces) on réduit l’utilité du proche… C’est typiquement ce que la voiture, associée aux hypermarchés, a fait : le petit commerce a perdu une part de pertinence commerciale… On pourrait multiplier les exemples, y compris en observant ce qui joue au détriment d’une agriculture de proximité. Pour notre cluster, la fluidification des transports va, au final, renforcer les ségrégations urbaines, les choix de localisation pour l’habitat (pour les cadres notamment) s’élargissant, et facilitant le rapprochement entre catégories socio-professionnelles identiques…

Distinguons alors trois étages :

Pour l’étage du quartier, on sait que la proximité (en termes d’équipement, de commerce et bien sûr d’emploi) est perdante d’une trop bonne desserte… c’est à dire qu’une amélioration de la desserte tend à nous emmener loin du quartier. Il y a des effets d’attirance pour toute une série d’activités (spectacle, animation, commerce, restaurants et cafés…) qui, du fait d’infrastructure de transport de qualité, apparaissent proches mais sont plus loin. Mais cet effet est souvent mal partagé (du fait de l'inégalité devant la mobilité), et on a en définitive surtout vu s’appauvrir la vie des quartiers… A contrario, vous ne trouvez pas que Châtelet s’est éloigné depuis quelques années que le RER B bât de l’aile ???

A l’étage du bassin d’emploi, la fluidification des transports est certes d’un grand intérêt, et soutenu de facto par les employeurs. Mais cette volonté de relier les entreprises aux banlieues lointaines en oubliant le bassin de vie existant, risque de faire passer à côté du développement harmonieux vendu pour le projet du plateau de Saclay. Surtout en partant sur l’hypothèse qu’on va financer avec les plus-values financières du foncier autour des gares, le prix du sol et du logement au cœur du cluster permettra de loger les cadres et ingénieurs. Et les temps longs de transports seront subis… par les soutiers du tertiaire (ménage, gardiennage, restauration, secrétariat…). La Défense et les Hauts de Seine sont l’exemple paradigmatique du ghetto de riches… et des temps de transport élevés pour les employés.

Enfin, troisième étage, l’amélioration de l’interurbain est d’un effet positif semble-t-il fort, permettant une circulation de cadres et profession à haute qualification. Cependant la concentration parisienne joue à plein, attirant capital financier et symbolique, et évacuant les habitants des classes moyennes.

Au final, les élus locaux, s’ils souhaitent des villes vivantes, ont tout intérêt à se saisir de cet angle de vue… Le fil conducteur d’une politique locale serait de doser rapidité et maillage tout en pensant à ce qui limite les concurrences sur le sol (par exemple en contrôlant le bâti, en limitant le recours aux promoteurs, en préemptant largement dans les zones susceptibles de spéculations…). Or, le projet induit un tel décalage entre l'installation des labos, du métro et de l'effet foncier qui n'arrivera qu’après l'implantation des transports, qu’il va falloir compter avec un temps de chaos routier complet, et …des tentations spéculatives extraordinairement fortes.