La municipalité de Palaiseau et le Préfet ont approuvé en 2009 le permis de construire d'un « Centre d'intégration Nano-Innov » sur le plateau de Saclay. Une des promesses étalées pour emporter la décision était la création de près d'un millier d'emplois au total dont 540 chercheurs dans les deux premiers bâtiments (sur les 3 potentiels).

Qu'en est-il aujourd'hui, au-delà des 46 M€ consacrés à la construction des deux premiers bâtiments de 18500 m²? Bonne affaire pour SPIE-Batignolles, le constructeur, certes. Une belle occasion de couper un ruban devant les télévisions pour Président, ministres, maire.

Mais dans ce bâtiment, il ne saurait être question de manipuler des nano-matériaux car il n'est pas prévu pour cela. Aucune enceinte classée, seulement des bureaux et des ateliers – Ah, bon?

Premier temps de l'arnaque : aucune création d'emploi

Créer des emplois de chercheurs serait un exploit par les temps de restrictions budgétaires qui courent ; rassurez-vous, il y aura au plus quelques emplois d'intérimaires pour les services généraux
En effet, la première cohorte de chercheurs prévue est constituée d'équipes existantes;

  • 460 personnes transférées du CEA-Saclay, précisément 400 du LIST (Laboratoire d' Intégration des Systèmes et des Technologies) et 60 d'IRAMIS (Institut Rayonnement Matière de Saclay) ;
  • 40 personnes en provenance de l'Institut Télécom, sans précision sur leur origine géographique (Paris, Evry?) ;
  • 33 personnes en provenance de la faculté de pharmacie de Chatenay-Malabry ;
  • 15 personnes en provenance de Polytechnique.


Second temps de l'arnaque : Nano? Que nenni !

Dans cette cohorte, les 400 membres du LIST n'ont rien à voir avec les nanos mais revendiquent une spécialisation dans les « systèmes à logiciel prépondérant » ciblant (selon le site web du CEA):

  • « les Systèmes Embarqués (architectures et conception de systèmes, méthodes et outils pour la sûreté des logiciels et des systèmes, systèmes de vision intelligents)»
  • « les Systèmes Interactifs (ingénierie de la connaissance, robotique, réalité virtuelle et interfaces sensorielles)»
  • « les Capteurs et le traitement du signal (instrumentation et métrologie des rayonnements ionisants, capteurs à fibre optique, contrôle non destructif). »

C’est la même chose pour les chercheurs de l'Institut Telecom : pas de nanos en vue. Seuls les instrumentistes de l'IRAMIS, les pharmaciens et les polytechniciens, soit à peine 10% de l'effectif s'occuperont un peu de nanotechnologies. Ainsi, non seulement il n'y a pas d'emplois créés mais il y a abus de dénomination : de l'intégration entre équipes de différents organismes certes, mais pas Nano.

Tout cela ressemble à un grand marché de dupes : profitant de la mode nano, les promoteurs du développement du plateau, CEA en tête, ont obtenu ce permis de construire (avec la bénédiction du maire de Palaiseau et président de la CAPS…) et lancé la nouvelle phase de l’urbanisation du plateau par une opération dont l’intérêt est plus que douteux (que l’on soit réservé ou non sur la question des nanos), et le tout avec l’argent public. Qui peut croire, en effet, que le CEA soit à ce point à l'étroit dans son immense site de Saclay pour en déloger 460 personnes et les satelliser quelques kilomètres plus loin, sans services communs, avec la promesse d'un métro en 2030 au plus tôt ?

NB: Cet article repose sur des informations publiquement disponibles. L’action du Collectif citoyen du plateau de Saclay, créé en 2010 et auquel CAS participe, permettra d’en savoir plus prochainement.