Décidément, les bâtisseurs auront toujours du mal à considérer l’espace agricole autrement que comme un espace vide... Isabelle Menu, du cabinet Saison-Menu, qui présentait le 12 décembre dernier le projet d’urbanisation du quartier du Moulon en réunion publique n’a pas fait exception à cette règle. Ainsi, alors que l’on se tue à mettre en valeur les multiples dimensions du plateau, terres agricoles et zones humides, terres céréalières et agriculture de proximité, l’identité du plateau est décrite comme « structurée par la route »…misère…  En creusant bien, sa structuration par un réseau de rigoles, dont il faudra bien tenir compte, finit par émerger de la présentation, mais sans que l’on sente que tous les problèmes liés à la dynamique si particulière de l’eau sur le plateau ne soit au cœur du projet. « Quand on construit, on augmente le capital humain » : on comprend l’intention (quoique ce vocabulaire de capital humain nous fasse quelque peu frémir) mais mettre l’humain au cœur d’un projet d’urbanisation, c’est aussi et nécessairement mettre la préservation de son environnement naturel comme condition première.

Quelques éléments sur les effets d’événements pluvieux exceptionnels revenant tous les 20, 50 ou 100 ans (donc avec un degré d’exceptionnalité croissant) ont été présentés sans que l’on ait bien le sentiment que toutes les conséquences de ces événements aient bien été prises en compte. Le bureau d’étude Artemia environnement, chargé des études hydrologiques, nous promet un rôle central du réseau de rigoles comme support de la gestion de l’eau, dans le cadre d’un projet de reconnexion des rigoles : message bien reçu, mais traduction concrète en attente. Et en attendant, pas de réponse à la question posé du mode de gestion des eaux usées en provenance de ce nouveau quartier.

Mais « quartier, est-ce le bon terme ? » s’interroge judicieusement Lise Mesliand, de l’EPPS. Et effectivement, on retombe là dans toutes les ambiguïtés du projet. D’abord parce qu’il est « vendu à la découpe », comme on l’a déjà dit, avec des dynamiques de concertation qui se superposent : concertation sur cette zone d’aménagement concerté (ZAC) du Moulon, celle sur la ZAC quartier ouest de Polytechnique, celle sur le tracé du transport en commun en site propre, le récent débat public sur le déménagement de l’école Centrale de Chatenay à Gif… comment s’y retrouver, comment avoir de la cohérence ? Et au sein de ces quartiers/zones, tout ce qui concerne l’aménagement autre que recherche et enseignement (logements, équipements, services, écoles, santé, etc.) va dépendre de l’articulation avec les collectivités territoriales, dans le cadre d’un contrat de développement territorial qui peine à émerger. Et enfin, comme le fait judicieusement remarquer un auditeur, à aucun moment la perspective de l’installation d’entreprises de haute technologie, pourtant intimement lié à la notion de cluster, n’est évoquée par les promoteurs du projet…

Bref rien qui ne donne l’impression d’une véritable dynamique, terme pourtant rabâché par les porteurs du projet. Ainsi, à la question d’une enseignante de l’Université Paris-Sud, s’obstinant à ne pas comprendre l’intérêt de déménager l’Université de la vallée vers le plateau (incompréhension que nous partageons) Guillaume Pasquier de l’EPPS répond qu’il ne s’agit pas de déménager mais de profiter de la « dynamique » du plateau pour se « restructurer ». On comprend les inquiétudes de ceux qui voient plutôt le risque pour l’Université de s’enliser dans l’ornière de ce projet et d’y disparaître…