Lundi dernier, le 12 mars, a débuté l’enquête publique concernant le périmètre de la zone de protection naturelle, forestière et agricole du plateau de Saclay.

C’est une demi victoire : après une lutte patiente mais obstinée, l’action combinée de collectifs associatifs et de certaines collectivités territoriales a débouché sur l’inscription dans la loi du Grand Paris de cette zone de protection, comportant au moins 2300 ha de terres agricoles. Mais que cela donne-t-il concrètement ?

L’EPPS, structure qui pilote l’aménagement du plateau, met à l’enquête publique un périmètre qui annonce  2452 ha de terres agricoles. On est donc largement au dessus des 2300 ha de la loi. En fait, c’est une sorte de tour de passe-passe, car pour arriver à ce chiffre, on a intégré, dans le périmètre de protection, des terres qui ne se trouvent pas sur le plateau : celles de la vallée de la Mérantaise, en zone inondable et qui ne peuvent de toute façon pas avoir d’autre usage qu’agricole, et celles situées dans la vallée de la Bièvre qui sont déjà protégées car dans un site classé. Ce sont les zones en rose sur notre cartecarte-2316ha-proteges. En ne considérant que les terres situées sur le plateau, l’EPPS annonce donc un chiffre bien moindre, de 2315 ha. Même si l’on considère qu’il n’y a pas d’erreur de calcul (ce qu’une comparaison avec la carte des 2300 ha  adoptée en 2008 par la CAPS pourrait pourtant laisser croire) on a bien, certes, les 2300 ha, mais c’est le service minimum.

Bon, mais si c’est pour la bonne cause, pour l’excellence scientifique française, ça mérite bien de sacrifier quelques hectares de terres agricoles, non ?

Non, deux fois non!

D’abord par ce qu’il y a toujours de « bonnes raisons » d’urbaniser les terres agricoles, en violation de la loi Grenelle. Quelques hectares par ici ou par là, cela ne semble rien, mais si l’on regarde à l’échelle du territoire français, le phénomène s’accélère : entre 1992 et 2003, soit en 10 ans, l’équivalent d’un département français de terres agricoles a disparu. Il n’a suffi que de 7 ans dans la période suivante, de 2003 à 2009, pour voir disparaître la même surface.

Ensuite, parce que du coté de l’excellence du projet scientifique, on frôle actuellement le fiasco : levée de bouclier le 8 mars dernier de l’Université Paris Sud lors du congrès de ses trois conseils (Conseil d’Administration, Conseil Scientifique et Conseil des Etudes et de la Vie universitaire) qui a voté à l’unanimité contre l’opacité dans laquelle se prépare le projet d’Université de Paris-Saclay, et pour le maintien d’un fonctionnement démocratique des instances universitaires. Idem à l’INRA où les syndicats ont voté à l’unanimité lors du dernier comité technique contre le transfert de tout ou partie de leurs activités sur le plateau de Saclay à la fois à cause des problèmes d’infrastructures de transport ou de logement, mais aussi du fait des conditions de montage des collaborations scientifiques.

Pour les CAS, cette enquête publique sur la zone de protection est ainsi l’occasion de remettre en question l’ensemble du projet et pas seulement d’en discuter les petits détails.

Devant la faiblesse et les errements du projet scientifique, les problèmes de logement et de transport à prévoir et l’importance de la préservation des terres agricoles à proximité des zones urbaines, nous demanderons donc dans l’enquête publique l’abandon du projet de déménagement de l’Université de Paris-Sud sur le plateau, la réduction du périmètre d’aménagement aux projets déjà engagés à proximité de Polytechnique et de Supelec, et la réintégration de l’essentiel des terres agricoles de la frange sud et de la frange ouest du plateau et dans le périmètre de protection (zones en vert clair sur notre carte).

Enfin, il est très étonnant de voir qu’une grande portion de la lisière boisée qui entoure le plateau n’est pas incluse dans le périmètre de protection, grosso modo entre le synchrotron Soleil et l’école Polytechnique (zone en jaune sur notre carte). Cela ne peut être qu’une erreur, tant on sait que les promoteurs du projet tiennent à cet élément paysager qui souligne le rebord du plateau. Erreur qui sera donc  promptement corrigée, nous n’en doutons pas.

L'enquête publique est ouverte dans l'ensemble des communes du périmètre, du lundi 12 mars 2012 au samedi 14 avril 2012 inclus: c'est le moment ou jamais de faire entendre votre voix !