Les fins limiers de CAS ont trouvé une contribution scientifique qui aidera sûrement Pierre Veltz et ses amis des clusters.

 Il s'agit d'une étude menée à propos d'un cluster spécialisé sur les TIC qui est né et mort à Montréal dans les années 2000.

Et que disent les auteurs ?

Ils disent qu'en dépit d'une proximité géographique (ça on connaît sur notre plateau), d'une proximité organisationnelle (traduction pour le plateau de Saclay : tout plein de nouvelles structures comme la FCS, une nouvelle université qui se profile...)  et même d'une proximité cognitive (traduction pour notre cluster saclaisien: des chercheurs qui viennent des grands corps et qui se comprennent...) le cluster de Montréal a échoué.

Et pourquoi se demandera-t-on avec angoisse dans les bureaux du cluster de Paris-Saclay...?

 

Parce que justement les entreprises sont "Too close to collaborate ? ". C'est le titre de l'article de S. Ben Letaifa et Y. Rabeau, sous-titré "How geographic proximity could impede entrepreneurship and innovation", qui sort cette semaine dans le Journal of Business research

?! What happened ? Vous direz-vous.

 Ce qui arrive, c'est qu'il n'y a pas de « proximité sociale » disent les auteurs.

Et c'est précisément ce que nous ne cessons de répéter depuis des années à CAS, sur ce blog ou lors de réunions publiques. Si l'on met les entreprises et les labos en concurrence (notamment via le Nouveau management public de la recherche avec la LRU), si l'on oblige les labos à déménager (via des financements conditionnels), que l'on impose des collaborations (pour faire face à des concours pour accéder aux fonds publics)... alors il y a essentiellement de la rivalité et non pas de la coopération. Le manque de proximité sociale qu’il y a eu à Montréal, nous avons le même ingrédient ici, à Saclay-Orsay, ça s’appelle l’absence d’écoute à l’égard des communautés : autant celle des chercheurs, que celles de des habitants et celle qui porte l’agriculture locale.

Il n’y a pas dans ces projets la confiance nécessaire. Pour ce qui nous concerne, les méthodes sont celles d’un autoritarisme néolibéral : un pouvoir de gestion centralisé (politique du Grand Paris, par exemple), se double (ou se dote) d’une mise en concurrence de tous contre tous… et bien sûr, exacerber les rivalités nuit à la coopération.

 Un point clé pourrait être développé dans cet excellent papier ; c’est la qualification du cadre macroéconomique. On recommanderait bien aux auteurs de regarder ce qui résulte des formes de concurrence dont le caractère structurant est décisif sur l'action des acteurs. En y regardant de près on verrait que le régime concurrentiel défavorise les formes coopératives. On verrait aussi que les acteurs publics (locaux notamment), en ne voyant pas qu’ils produisent une concurrence mortifère, sont incapables de susciter autre chose que de l'attractivité pour les capitaux… capitaux qui ne demanderont qu’à partir à la moindre aubaine. Ainsi la création 'institutionnelle' de proximité sans relais locaux est-elle strictement d'opportunité et donc non pérenne...

Ci dessous une figure extraite de l'article qui montre comment se construit un climat de rivalité, qui est défavorable à la coopération. On en reparle dans quelques années ?

tooclose 3