Nous avons dit dans un précédent article tout le mal que nous pensions du projet de CDT Paris-Saclay Territoire Sud : une compilation faite à la va vite de projets pensés indépendamment les uns des autres, sans vision des impacts résultant de leur addition sur le territoire, sans concertation avec les habitants. La critique est sévère, elle nécessite donc d'être un peu illustrée et étayée.

Prenons l'exemple de l'impact de la circulation automobile sur la qualité de l'air : voici une question où tout se tient et s'additionne, où chaque pot d'échappement contribue au nuage de pollution de cette portion du territoire. Ainsi, chacun des projets décrit dans les 50 fiches empilées dans le CDT a effet un impact positif, ou négatif (le plus souvent) sur la circulation automobile et donc sur la pollution. Malheureusement, il ne suffit pas de faire une addition de ces impacts pour estimer la pollution. Car pour compliquer l'affaire, chaque projet influence les autres et modifie l'impact qu'il aura sur la circulation, donc sur la pollution.

Voyons un cas concret, qui fleure bon l'ozone et les particules fines : le triplement de la RD128 (4 voies pour les voitures et deux voies pour les bus, un élargissement dans les grandes largeurs) aura des effets qui ne se limiteront pas à la seule pollution au bord de cette route: il entraînera sans doute aussi une augmentation de la circulation sur la N118 et sur l'ensemble du territoire, selon le principe que plus l'on fait de place aux voitures, plus cela augmente le trafic. A comparer avec le principe énoncé par le président de la CAPS dans une réunion au mois de novembre dernier et qui semblait pourtant pétri de bon sens "la circulation automobile augmente de 2% chaque année, il faut bien élargir les routes!" . C’est là un effet rebond que refusent trop souvent de voir les décideurs publics : quand on améliore l’efficacité (d’une route dans le cas présent), l’efficacité gagnée dans un premier temps attire plus de trafic et annule ce gain d’efficacité… et induit plus d’effets négatifs (pollution en l’occurrence).

C'est donc un casse-tête pour nos chers aménageurs, qui devraient cependant avoir pris en compte ces effets dits « systémiques ». Car on sait combien ces ingénieurs, fine fleur du système des grandes écoles françaises, aiment à se coltiner des problèmes ardus. En tout cas, on devrait en trouver trace dans l'étude d'impact environnemental.

On a donc épluché l'étude d'impact environnemental pour voir comment elle estimait l’évolution du trafic routier, de la pollution et ses impacts sur l'environnement et la santé. Sur ces aspects, disons le tout net: l'étude d'impact est une blague.

Aucune estimation prévisionnelle de l’évolution du trafic routier n'est faite : il est tout au plus indiqué (p.159) que le trafic routier sur la N118 sera un indicateur qui servira « au suivi de la mise en œuvre du CDT et de ses effets sur l'environnement ». Avec comme état initial de référence les 70.000 véhicules par jour comptabilisés en 2010 (valeur moyenne). En clair, cela signifie que l'étude d'impact environnemental commencera après la mise en place du projet, et non pas avant. Une blague. Et pour rire encore un peu plus, il est indiqué que la fréquence de mesure de cet indicateur sera d’une fois tous les 3 ans. Dix mesures pour les 30 prochaines années, franche rigolade.

Mais le trafic routier en soi n'est pas un impact environnemental. C'est la pollution de l'air qui importe. On est donc repartis à la pêche aux informations dans cette étude, et nouvelle crise de rire. Les impacts du CDT sur la qualité de l'air sont traités à la page 151 où il est dit d'une part que « l'offre de transport en commun (…) permettra de diminuer l'usage de la voiture individuelle et donc de réduire les émissions de de polluants atmosphériques » et d'autre part, dans la même page, que « les nouvelles infrastructures routières accueilleront un trafic routier plus élevé et seront donc génératrice de bruits et de polluants atmosphériques (doublement des voies par exemple). »

Nous avons tous bien compris: la pollution due au trafic routier va donc diminuer sauf si elle augmente et réciproquement. Cela serait effectivement risible s’il n'y avait pas derrière cela des impacts très sérieux sur l'environnement et la santé humaine. Les preuves de l'impact sur la santé de la pollution atmosphérique (cancers, maladies respiratoires et cardiovasculaires) s'accumulent de jour en jour. On a abordé cette question lors de la réunion publique du 15/10/2015. Si notre fou-rire nous laisse un peu de répit, on vous racontera la suite dans un prochain article. En attendant, est-il vraiment sérieux de relancer une enquête publique avec un dossier aussi léger ?