Le monde politique français est fortement divisé sur le projet de déchéance de la nationalité pour les binationaux auteurs de crimes ou délits « constituant un acte de terrorisme » ou « constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». Il est cependant quasi unanime pour considérer qu'il s'agit d'une mesure « symbolique ». Tous ou presque s'accordent en effet pour dire que l'inscription de cette disposition dans la Constitution ne découragera pas ceux qui se préparent commettre de tels actes et que au final cela ne concernera potentiellement que quelques individus.

Pour nous, ces deux impasses du projet ne définissent pas son caractère « symbolique », mais son inutilité et son inefficacité. Il faut en effet aller jusqu'au bout de ce que signifie ce symbole : selon la définition du Petit Robert, est symbolique ce qui, « tout en étant réel, n'a pas d'efficacité ou de valeur en soi, mais en tant que signe d'autre chose ». Beaucoup de ceux qui parlent de cette mesure comme quelque chose de symbolique s'arrêtent à la première partie de la définition : pas efficace en soi. Pour aller au bout du symbole, il faut nécessairement comprendre l'efficacité et la valeur de cette mesure « en tant que signe d'autre chose ».

Et les signes d'autre chose sont très nombreux, et de fait, radicaux : opportunisme, arrières pensées politiciennes, retour du refoulé colonialiste etc. Chacun peut mettre en avant comment il a interprété le symbole. Pour notre part, les signes « d'autre chose » que nous identifions sont de deux ordres :

  • diviser pour mieux régner : c'est archi classique, mais ça marche toujours. On met ainsi les gens dans une situation paradoxale : d'un coté en appelant à une forme d'unité de tous les citoyens face au terrorisme (l'esprit du 11 janvier comme on l'a tellement ressassé) et en disant dans le même temps qu'il y a des vrais citoyens 100 % français et des sous-citoyens binationaux. On crée ainsi une nationalité précaire en quelque sorte, ou conditionnelle (qui assure une continuité avec la flexibilité du travail et la remise en cause des statuts sociaux protecteurs, cf. la future loi Macron 2). Ce signal de discrimination instrumentalisée, c'est notre première lecture du symbole.
  • inciter involontairement au terrorisme : quel peut être l'effet symbolique de la perspective d'une déchéance de la nationalité sur un être sous influence, s’apprêtant à rejoindre un groupe terroriste, voire à passer à l'acte ? Le ramener dans la société ou au contraire le confirmer dans son sentiment d'(auto)exclusion de cette société ? Nous craignons que la deuxième option ne soit la plus plausible. Ce serait plutôt un signe d'incitation à la radicalisation, que l'on espère involontaire : c'est notre deuxième lecture du symbole.

Passons à l'action !

Dans le projet d’inscription de la déchéance de la nationalité dans la Constitution, l'intention volontairement discriminatoire nous révolte, l'incitation involontaire à la violence nous inquiète. Pour revenir à notre posture d'acteurs locaux de la démocratie, nous nous tournerons dans les prochains jours vers les député-e-s, sénatrices et sénateurs de l'Essonne qui se sont prononcés en faveur du projet, ou qui ne se sont pas encore positionnés, pour leur demander s’ils partagent notre indignation et notre inquiétude ; et vers ceux qui se sont prononcés contre pour leur demander de ne pas céder aux pressions éventuelles. Et proposons à nos lecteurs qui partagent notre point de vue de participer à cette action en écrivant à ces élus, et en signant la pétition nationale à ce sujet: http://www.nousnecederonspas.org/

D'autres associations s'engagent dans une démarche similaire; nous relayerons leurs initiatives

A suivre !