Autour du calamiteux projet d'aménagement du plateau de Saclay, dont le volet scientifique a frisé l'explosion en plein vol au mois de décembre (et ce n'est que partie remise), la bataille des mots fait rage. On est en pleine guerre sémantique: il s'agit, pour les souteneurs de ce projet, de joindre la parole au geste et, pour accompagner le bétonnage du plateau, le faire disparaître aussi du vocabulaire: la Communauté d’Agglomération du Plateau de Saclay, en s'élargissant, est devenue la Communauté Paris-Saclay, rejoignant ainsi l'Université Paris-Saclay, et le fraîchement créé Établissement Public d'Aménagement Paris-Saclay. Le plateau va-t-il disparaitre du paysage?

Dans « 1984 », le roman de Georges Orwell, appauvrir la langue pour lui retirer tout caractère subversif était un des moyens les plus efficaces pour imposer un régime totalitaire. Dans cet ordre d'idées, « Plateau » est un mot à abattre dans la novlangue des aménageurs : il est porteur d'espace, de terre, d'eau, d'air pur, de nature, d'agriculture, de sensations, bref de vie, ...insupportable! Substituons par Paris, tellement plus urbain, moderne et mondial...

Nous n'acceptons pas cette double destruction. Nous demandons la restauration du plateau, aussi bien dans sa dimension géographique que linguistique. A défaut, les big brothers de Paris-Saclay pourraient voir leurs créatures leur échapper et être soumis à l'imagination des saltimbanques du plateau. Certains, féroces, nous ont déjà soufflé quelques idées : pourquoi pas la Communauté des Patriciens Serviles, l'Université Pitoyablement Stérile et l’Établissement Public d'Aménagement des Parfaits Saccageurs ? On compte sur nos lecteurs pour nous en suggérer d'autres !

D'autres, résolument optimistes quant à l'issue de nos luttes, proposent la Communauté de Pleine Solidarité, l'Université Pluraliste des Savoirs, et l’Établissement Public d'Accompagnement du Plateau Sauvegardé...