Les partenaires du Cluster Paris-Saclay se déchirent comme jamais, comme le relate le journal Le Monde dans un récent article qui n'est pas en libre accès pour le commun des mortels, heureusement car c'est vraiment mauvais pour le moral... En contrepartie, rien n’altère le moral des bâtisseurs-bétonneurs qui se préparent en ce moment à leur sport favori : élargir les routes pour faire plus de place aux voitures. C'est l'échangeur de Corbeville sur la N118 qui est la star du moment : une concertation préalable à l'enquête publique sur le projet « d'amélioration » de cet échangeur est en cours depuis le 12 septembre et jusqu'au 14 octobre.

Comme c'est l'habitude dans le projet Paris-Saclay, on concerte à la découpe : alors que l'on sait que les échangeurs ont une influence réciproque les uns sur les autres, on aurait pu imaginer a minima une concertation commune échangeur de Corbeville – Christ de Saclay. Et bien non, les ingénieurs recolleront les morceaux après... On ne s'attache donc pas vraiment à mobiliser l'expertise des gens qui vivent ou se déplacent sur ce territoire quotidiennement. Et surtout, on évite de mettre ensemble une trop grosse concentration d'opposants... et on évite savamment de penser ce que sera une ville demain, intégrée, avec d’étroites proximités, fuyant les grandes avenues froides et les ronds-points gigantesques qui obligent tout un chacun… à avoir une voiture.

Bref, une première réunion de concertation a eu lieu le 20/09 (la suivante aura lieu le 3/10). La réunion était animée par Dominique Boré, directrice de la communication de Paris-Saclay, en présence de Philippe Van de Maele, directeur général de l'EPA Paris-Saclay. On le surnomme entre nous Monsieur "je-partage-votre-opinion": il ne commence jamais une réponse sans ce leitmotiv, on sent qu'il a fait la formation "comment embobiner en situation de concertation"... Il était flanqué d'un jeune ingénieur des Ponts maîtrisant le vocabulaire très hydraulique de l'écoulement du trafic. En l'écoutant, on entendait presque le frais clapotis des voitures coulant sur leur lit d'asphalte...

Le dossier de la concertation est ici :

http://www.epaps.fr/blog/2016/08/31/concertation-prealable-a-lenquete-publique-pour-lamelioration-de-lechangeur-de-corbeville/

Notre lecture de ce projet :

Le principe général est de faire plus de place aux voitures, comme au bon vieux temps des 30 glorieuses. Et nous connaissons bien le cercle vicieux: la saturation du trafic est provisoirement résolue en faisant plus de place aux voitures, ce qui induit plus de trafic, qui à terme débouche sur une nouvelle saturation, et on repart pour un tour... Les moyens proposés consistent à allonger les bretelles d'entrée et de sortie de la N118, ce qui permet de stocker de l’excédent de fluide (les bagnoles) à l'heure de pointe, et à éliminer les ronds-points pour les remplacer par des carrefours à feux.

L’allongement des bretelles réclame une attention particulière: les plans présentés dans le dossier sont très "zoomés" sur le carrefour et on ne voit jamais, dans aucun des scénarios, où les rivières-bretelles se jettent dans le fleuve-N118. Mais on devine que les riverains de la N118 risquent un jour de voir passer une bretelle d'autoroute dans leur jardin, d'autant que dans certains scénarios il est prévu à terme de dupliquer les bretelles pour absorber encore plus de fluide... on s'achemine localement vers un complexe à 4 x 2 voies...

Six variantes (scénarios) ont été évoquées, dont 3 sont écartées d'emblée par les aménageurs car elles ne  permettent pas d'absorber le flux excédentaire de véhicules (mais alors pourquoi les citer ?). Le scénario 5 semble avoir le vent en poupe car il permet de coller le plus possible les nouvelles bretelles contre la 118, alors que dans les deux autres scénarios retenus, elles doivent nécessairement s'en éloigner.

Les premières réactions

Dans la salle, un défenseur du réseau des rigoles de Saclay a fait remarquer qu'elles n'étaient jamais citées dans le projet. Monsieur "je-partage-votre-opinion" a assuré que "le rétablissement de la continuité hydraulique de la rigole de Corbeville était prise en compte et serait détaillée dans les études techniques".

Les représentants de deux entreprises installées à proximité de l’échangeur (Protecore et SGS) étaient là, inquiets de constater que, dans certains scénarios, les bretelles passent en plein sur leurs bâtiments... Cela renforce le penchant des aménageurs pour le scénario 5, le seul qui préserve ces entreprises. Il serait en effet fâcheux, pour les porteurs du projet Saclay, d’apparaître comme mettant en péril l'emploi local et le développement économique...

Nous avons pour notre part demandé la diminution de la vitesse à 70km/h sur tout le tronçon Ulis-Saclay, comme moyen de diminuer la pollution et fluidifier le trafic à moindre coût (comme le montrent les études sur le cas du périphérique parisien). Nous avons également demandé si le réaménagement de l'échangeur du Christ de Saclay ne suffirait pas à résoudre les problèmes de saturation de la N118, étant donné que les embouteillages à Corbeville proviennent essentiellement d'un report de circulation pour éviter le Christ de Saclay quand il est saturé. Réponse: oui mais non, il faut faire les deux pour que ça coule vraiment bien...

Le fleuve n°118 n'est pas prêt de se tarir...