Nous voici donc nantis d'un tout nouveau député pour la circonscription, et le moins que l'on puisse dire est qu'il va falloir remonter sérieusement le niveau de ce blog pour être à la hauteur. On ne fera pas les présentations, car même nos fidèles lecteurs, ceux qui ne lisent que notre blog et rien d'autre, ont entendu parler de Cédric Villani. C'est le résultat d'un déferlement médiatique à croissance initiale exponentielle suivi d'un beau prolongement asymptotique. Y a du level, on vous avait prévenu.

Mais non, les CAS ne tomberont pas dans l'intello-bashing démagogique. On reconnaît la valeur du scientifique. On aura seulement un haut niveau d'attention sur le respect des engagements et la précision du langage, qui est le minimum de ce qu'on peut attendre d'un député et d'un scientifique.

Du coup, ça avait assez mal commencé à la veille du premier tour. Appelé à s'exprimer avec d'autres candidats sur sa vision de l'avenir du Plateau de Saclay, à l'invite d'un groupe d'associations locales, Cedric Villani nous envoyait quelques belles envolées macroniennes sur le croisement de la « fertilité intellectuelle » et de la « fertilité naturelle ». Le gars apprend vite à parler dans la novlangue de son mentor en politique. Mais il a aussi dit ne pas savoir ce qu'était un moratoire (*). Vu que c'est pour cela qu'on l'avait fait venir, il aurait quand même pu se renseigner.

Mais le meilleur, c'est sa proposition pour le projet de métro, d'une ligne 18 « semi-enterrée » (dixit ses professions de foi des premier et deuxième tours). Mais qu'est ce que cela peut bien vouloir dire ? Métro enterré sur un tronçon, aérien sur un autre ? Ou dans une tranchée, de sorte qu'on ne le voit pas de loin mais qu'il taillade cependant l'espace ? En tout cas, ce vocabulaire n'est pas dans l'orthodoxie macronienne. Il aurait fallu dire « une ligne 18 enterrée et dans le même temps aérienne ». « Et dans le même temps », c'est un leitmotiv des discours de Macron, qui lui permet de dire tout et son contraire. Et c'est là, soudain, qu'on a tout compris.

Le métro, version Villani, sera enterré et dans le même temps aérien. Si si, c'est possible, c'est un métro quantique. « En mécanique quantique, selon le principe de superposition, un même état quantique peut posséder plusieurs valeurs » nous dit Wikipedia, ce qui signifie qu'une « particule peut être vue comme étant simultanément, avec des probabilités diverses, en plusieurs endroits. » Et voilà : le métro sera à la fois aérien et enterré, sur le plateau de Saclay et sur la planète Mars. Foi de médaille Fields. C'est quand même pas bien compliqué. On le baptisera ligne 18 « Heisenberg », du nom du scientifique qui a théorisé ces questions de la mesure quantique.

Mieux encore : ce métro peut, dans le même temps, être et ne pas être, si l'on se reporte à l'expérience de pensée imaginée par Schrödinger pour nous familiariser avec la mécanique quantique. Considérons un chat enfermé dans une boite où il se trouve en état de superposition quantique, à la fois mort et vivant : ce n'est que lorsqu'on ouvre la boite pour observer l'état du chat qu'il apparaît soit mort, soit vivant. Malgré l'accumulation d'éléments montrant son inutilité lors de l'enquête publique en 2016, la ligne 18 a été déclarée d'utilité publique en mars 2017. Le métro mort-vivant de la ligne 18 « Schrödinger » est dans la boite. Qu'en sortira-t-il ?

(*) La pétition pour un moratoire des travaux sur le plateau a déjà recueilli plus de 5700 signatures :

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/stop-beton-terres-agricoles-plateau-1251.html

celle contre la tenue de l'expo universelle en est à plus de 4500 signatures :

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/nonalexpositionuniversellesurlester-1407.html

 

Métro quantique, état de décohérence