F o r u m I n f o . b l o g

Blog des citoyens actifs et solidaires, à Orsay, association de promotion de la démocratie participative locale, créée en 1995

14 mars 2009

Un Cluster avec béton et sans moteur…

Au fur et à mesure que le projet de Campus OIN avance,
on se dit que l’on est en retard d’un demi siècle.
C’est dommage pour une zone de haute technologie d’avenir.
Un demi siècle, ou deux siècles d’ailleurs ?

Un demi siècle car ce n’est qu’à l’aune du bâti, du construit, de l’investissement matériel que les pilotes du Cluster semblent agir. Et alors on se croirait dans l’après guerre, quand le bâtiment va, tout va disait-on !
On parle déménagement, emménagement, comme si nous étions dans la construction d’une chaîne de montage et qu’il fallait que les ouvriers soient dans un même espace pour engendrer des gains de productivité… Là on se retrouverait quasiment dans la manufacture d’épingle d’Adam Smith… (1776 !).

De quoi souhaiterait-on entendre parler pour défendre un projet contemporain, pensant le territoire et l’engendrement de connaissances pour faire face aux défis du XXIème siècle (pour parler comme l’UE) ? Ou, pour le dire différemment, comment penser un développement qui ne pense pas une croissance matérielle, que l’on sait insoutenable ? Il n’est pas question ici de défendre la décroissance, mais de penser les outils pour cesser l’accumulation infinie de marchandises (1).

On souhaiterait entendre parler d’une dynamique de projets scientifiques. Cela n’exclut pas l’investissement matériel, mais  implique d’abord, des investissements immatériels : de la confiance, des relations, des contenus scientifiques, des coopérations, des dispositifs permettant des apprentissages communs, des espaces communs aussi certes, des instances délibératives et collaboratives.
Pas essentiellement besoin d’être éloigné de moins de 10 km pour travailler ensemble, il faut un avenir commun, et une confiance réciproque.
Nombre d’ouvrages de ces dernières années (l’âge des accès de Rifkin, la société de réseau de Castells, le capitalisme cognitif de Moulier-Boutang…) ont montré le caractère central de l’immatériel, des réseaux d’acteurs, d’une société épistémique (communauté de savoir)…

Cohn Bendit défend avec quelques autres, une nouvelle fable des abeilles : ce qui importe n’est pas tant le miel, que la pollinisation. Qu’est ce donc ? Une réflexion sur les connexions, les échanges, et non seulement sur l’infrastructure.

L’investissement immatériel, c’est bien sur la connaissance elle-même, mais c’est aussi la structure de gouvernance, celle qui assure que les institutions sont prêtes à avancer, à partager…
Le plan Campus est bien loin de ce nouveau mode de développement. Il est pensé dans la logique du NMP (Nouveau Management Public), qui met les personnes, les équipes et les entités en compétition. C’est la compétition pour les fonds, pour les partenariats, pour les postes… Or, cela est aux antipodes de ce qui fonde la coopération scientifique, qui suppose un langage et des objectifs communs, et donc pas une lutte pour être toujours mieux classés que le collègue… Penser la dynamique collective d’un Cluster passe par de la diffusion, qui suppose de la confiance et non essentiellement de la concurrence. Oui bien sur dans le plan Campus il y a du scientifique, c’est sans nul doute un grand projet scientifique d’ampleur mondiale… mais ce qui chagrine, c’est le manque de coopération
La connaissance ne s’engendre pas seulement dans un labo flambant neuf, elle s’engendre dans les usages, dans les réseaux, dans les coopérations, dans les partenariats sur des projets communs. C’est là l’esprit du Cluster.

Là encore un ENORME hic : le plan Campus, comme la LRU n’ont pas pensé un instant la question clé de tout le système éducatif français, ce qui fonde sa schizophrénie entre l’université de masse et les grandes écoles. Ce système produit un écrémage : accaparement des moyens, de la réputation et des ‘élites‘ par des grandes écoles qui ne sont que des nains à l’échelle internationale. C'est comme si on pensait une équipe de basket avec deux profils : quelques géants sous alimentés (les facs) et quelques nains survitaminés…Il n'est alors  pas facile de créer de la cohésion…

Bien sur, on aurait envie aussi de dire que l’abandon de la politique d’aménagement du territoire, au profit d’une concentration sur des pôles régionaux, c’est revenir avant les années 1950…
Penser les synergies ne se fait pas  uniquement par le bâti mais par un travail plus sous-terrain, plus humble peut-être, pour penser l’agir commun, et non l’agir des uns contre les autres. Certes, c’est moins honorifique que d’inaugurer des palais de verre... Mais nous préférons penser aux personnes, aux espaces dans lesquels ils vivent, avant de penser la visibilité des projets.

(1) i.e. En référence à la première phrase du Capital « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une "immense accumulation de marchandises" ».

29 janvier 2009

Projet d’aménagement du plateau de Saclay : déni de démocratie

De nombreuses entités associations etc. ont émis des réserves sur le projet Blanc. Même si on peut dégager une base commune à ces argumentaires, chaque entité insiste sur certains points plutôt que d’autres, chacune a des arguments qui lui sont spécifiques. Voici les arguments qui nous caractérisent le plus, même si ils sont aussi partagés par d’autres.

En quelques mots :

C’est le caractère anti-démocratique du projet Blanc qui nous mobilise avant tout, au delà de ses dimensions anti-écologique et économiquement discutable. Notre approche se distingue donc des argumentaires de type opportunistes, du style "c’est très bien mais on ne veut pas de ça chez nous", ou pragmatique du style "de toute façon ils n’auront pas l’argent pour le faire" (argument très dangereux puisqu’il tombe de lui-même si l’argent vient, or l'insistance du gouvernement à vouloir faire quelques grandes opérations très visibles au détriment de l'ensemble est manifeste - et c'est précisément les modalités de fonctionnement du plan Campus comme des pôles de compétitivité), ou encore des argumentaires de type donnant-donnant, etc.

Et concrètement :

  • absence de concertation avec la population, minimale avec les élus et personnalités cooptées ;

  • projet ne respectant pas des textes de lois (Grenelle) et document d’orientation (SDRIF) votés par des assemblées ;

  • projet non concerté avec la communauté scientifique et les acteurs économiques aboutissant à une vision erronée de la notion de cluster ;

  • mode de pilotage retenu pour le projet inédit, qui laissera une portion congrue aux collectivités territoriales et fera la part belle aux PPP.

En quatre points :

1) Absence de concertation : le projet d’aménagement du plateau est typiquement de ceux qui peuvent donner lieu à un débat public en amont du projet, pour définir les options générales retenues pour cet aménagement. Un tel débat est prévu dans le cadre de l’article L 121-10 du Code de l’Environnement qui prévoit la possibilité d’organiser un Débat Public portant sur des options générales en matière d’environnement ou d’aménagement. Facile à faire, puisque ce travail a été préparé par l’étude Terre et Cité. Nous réclamons avec le collectif « un autre avenir pour le plateau de Saclay » la tenue d’un tel débat (cf. lettre à C. Blanc de décembre 2008).

2) Non respect de la loi Grenelle 1, votée en première lecture et notamment :

  • Lutter contre la régression des surfaces agricoles et naturelles, les collectivités territoriales fixant des objectifs chiffrés en la matière après que des indicateurs de consommation d’espace auront été définis ;

  • Lutter contre l’étalement urbain et la déperdition d’énergie ;

  • Concevoir l’urbanisme de façon globale en harmonisant les documents d’orientation et les documents de planification établis à l’échelle de l’agglomération ;

  • Assurer une gestion économe des ressources et de l’espace ;

  • Créer un lien entre densité et niveau de desserte par les transports en commun ;

  • Exigence de nouvelles formes de gouvernance, favorisant la mobilisation de la société par la médiation et la concertation.

Non respect des orientations du SDRIF (et notamment le maintien de 2300 ha de terre agricole).

3) Un cluster sans la communauté scientifique : la vision que Christian Blanc a du cluster repose sur une définition essentiellement géographique et centralisatrice. Pourtant les travaux qui ont été menés sur les relations de "proximité" dans un cluster montrent tous que la dimension géographique est évidente, mais qu’elle n’est pour autant ni naturelle, ni même liée à la seule distance dans l’espace considéré. Rien ne permet de penser que la concentration sur le plateau favorisera la coopération. Par contre, les recherches montrent l’importance de la dimension organisée,voire institutionnalisée des clusters : par exemple les moyens financiers qui permettent à des acteurs proches de travailler ensemble, des lieux de concertation, ou plus largement des facteurs complexes comme culture commune, confiance et solidarité… Autant de dimensions absentes du projet.

Le plan Campus associé au plan Blanc divise la communauté scientifique en mettant en compétition les équipes de recherche. La dynamique élitiste oublie une mission démocratique fondamentale de l’université.

4) Un Etablissement public (EP) "ad hoc" pour marginaliser les acteurs locaux et faciliter les partenariats publics privés. L’EP en préparation est un EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial) d’un nouveau type, ce qui rend nécessaire le vote d’une loi. Quelle différence avec les EP déjà existants ?

  • Pas de nécessité de consulter les collectivités lors de sa création contrairement aux Établissements public d'aménagement classiques ; 6/17 places au CA pour les collectivités territoriales ; pas de présence au conseil d’administration de représentants des salariés, des consommateurs, ou des usagers ;

  • Dispositions permettant de faciliter le recours aux PPP qui seront probablement le mode principal de financement de l'EP.
    L’EP est un instrument crée par l’État contre les collectivités territoriales, il a les moyens d’utiliser des prérogatives publiques et un fonctionnement qui est celui d’une entreprise. Où sont les contre-pouvoirs et les garanties de transparence ?

11 décembre 2008

Assises du Plateau de Saclay, nos présentations

Des assises très riches et pas encore synthétisées... En attendant mieux, voici, comme promis, les présentations des interventions faites par les membres de CAS :

- Cluster : La coopération plutôt que l’entassement

- Le débat public

Posté par cas_orsay à 23:15 - L'O.I.N. Massy Saclay St Quentin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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21 novembre 2008

Mayonnaise de cluster et salades idéologiques

<p><p><p><p><p><p>Mayonnaise de cluster et </p></p></p></p></p></p>

"Le danger est de casser des liens pluridisciplinaires,
les plus générateurs de créativité,
d’une communauté qui a mis des dizaines d’années
à se constituer et à élaborer ses codes"

Roger Fourme, chercheur au synchrotron Soleil

 

Mais où sont donc passés les chercheurs ? Pas très visibles depuis la relance du projet d’aménagement du plateau par Christian Blanc, mis à part des déclarations de la présidente de l’Université Paris Sud, Anita Bersellini, estimant que le corps enseignant est "massivement d’accord". Cela peut se comprendre, vu les conditions actuelles de travail dans les bâtiments dégradés de la faculté d’Orsay, comme l’expliquait une chercheuse (tout en le déplorant), lors de la réunion publique organisée hier par le GALU de Palaiseau.

Au cours de cette réunion, Roger Fourme, directeur scientifique du synchrotron Soleil pendant plusieurs années, a montré de façon très vivante et vécue combien ce que l’on faisait miroiter aux chercheurs était un leurre, voire un piège. Certes, le pôle de recherche constitué autour de la Faculté d’Orsay, des centres de recherche et des écoles du plateau de Saclay constitue un potentiel formidable qui pourrait être mieux exploité, accord sur ce point du chercheur avec Christian Blanc. Mais l’accord s’arrête là. Tout le projet de l’Etat, argumente le chercheur, s’appuie en effet sur une conception "inexacte et tendancieuse" de l’état de la science française, vue à travers le prisme déformant du classement de Shanghai et repose sur une conception du cluster ne tenant pas compte des relations "très complexes" qui se nouent entre les différents acteurs d’un cluster, et qui font que la mayonnaise prend ou ne prend pas. On retrouve là des arguments que nous avions avancés d’un point de vue général dans notre récente lettre à Christian Blanc. Cela est très rassurant (et en même temps inquiétant) de les voir avancés de façon très concrète par un praticien local de la recherche, preuve qu’on n’était pas à coté de la plaque.

Mais le chercheur va plus loin, en analysant les soubassements idéologiques à l’oeuvre derrière tout cela. Il s’agit de mettre la recherche publique au service des plus grands groupes privés (et eux seuls) au moyen d’un pilotage des orientations scientifiques s’appuyant sur les nouveaux instruments de financement et d’évaluation de la recherche que sont l’ANR et l’AERES. Cela permettra au passage de "casser" ce repère de gauche un peu incontrôlable que constitue la Faculté d’Orsay.

Il y a donc beaucoup à perdre en gagnant des locaux flambant neuf, comme le résume la phrase citée en introduction de cet article. Proposition de l’intervenant : face à la "stratégie du choc", (pour reprendre le titre du dernier ouvrage de Naomi Klein) impulsée par l’Etat, il est urgent de prendre le temps de bien penser à ce que l’on fait, en mandatant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), instance parlementaire, pour analyser en profondeur tous les tenants et aboutissants de la question.

L’Etat saura-t-il se mettre à l’écoute des acteurs ou persistera-t-il dans ses visées bonapartistes ?

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