F o r u m I n f o . b l o g

Blog des citoyens actifs et solidaires, à Orsay, association de promotion de la démocratie participative locale, créée en 1995

07 janvier 2010

Christian, ton-grandparis.fr n’est pas le notre !

Pendant que l’on neutralise l’Assemblée Nationale, il faut bien entendu donner des os à ronger au bon peuple et soigner la « comm » sur le projet. La « comm », c’est à dire l’emballage clinquant de produits douteux, c’est la spécialité de ce gouvernement. Dans le cas de cette loi, l’astuce a été de lancer une « consultation » sur le projet. Deux ou trois débats durant une semaine (!) début décembre, un site internet pour recueillir des avis, et hop !, le tour est joué !

Finalement à quoi bon organiser un véritable débat public? Plus c’est gros, plus ça passe.

L’adresse de cette pure merveille de démocratie jetable :
http://www.mon-grandparis.fr/monGP

Mais voyons quand même ce que donne cette pseudo consultation : à l’heure où nous rédigeons ces lignes, une des « idées les mieux notées » sur le site était : « Moderniser et sécuriser le réseau RER ». C’est aussi ce qui est sorti d’un des débats organisés le 3 décembre à HEC, où simples citoyens et entreprises ont uni leurs voix pour demander avant tout la réhabilitation du réseau existant.

Oh ! peuple ingrat : on vous propose un beau métro tout neuf servi sur un plateau (de Saclay), et ce que vous préférez c’est qu’on rende à vos vieilles lignes de RER leur régularité d’antan….Et pourquoi pas, tant qu’on y est, rénover une vieille faculté des sciences qui, justement, est si bien desservie par une vieille ligne de RER et de surcroît accessible à pied depuis les résidences universitaires ? Pourquoi pas, en ces temps de Grenelle, faire de la nouvelle faculté d'Orsay un exemple de remise en valeur d'une infrastructure existante, de réhabilitation sur place et de valorisation d'installations obsolètes ? Et pis quoi encore ?!

On a beau donner très peu la parole au peuple, il parvient quand même à dire des bêtises....
C’est à vous décourager de la concertation….

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05 janvier 2010

Christian Blanc promène sa loi à l’Assemblée Nationale

Résumé des épisodes précédents : un collectif d’associations auquel CAS appartient avait écrit en novembre dernier aux députés les plus susceptibles de peser dans le débat sur le projet de loi du Grand Paris : ceux du territoire du plateau de Saclay et ceux membres des commissions de l’Assemblée qui allaient être saisies ou se saisir du projet (commission du développement durable, commission des affaires économiques, commission des lois notamment).

Nous avions insisté sur quatre aspects du projet qui nous semblaient les plus contestables voire néfastes :

  • une étude d’impact bâclée
  • une procédure de concertation ne respectant ni les directives européennes, ni leur traduction en droit français
  • une dépossession des collectivités territoriales de leur compétence en matière d’aménagement du territoire
  • une protection des terres agricoles en trompe l’œil, rendant urbanisable tout le plateau

Notre action auprès des députés a porté, mais la plupart des avancées obtenues au cours du débat à l’Assemblée Nationale ont été annulées par des amendements gouvernementaux. Ainsi, dans le texte adopté le 1er décembre 2009, la préservation de 2300 ha de terres agricoles sur les communes du cœur du plateau que nous réclamions et que les députés avaient retenu s’est transformée en "environ" 2300 ha sur l’ensemble du territoire de l’OIN, ce qui annule presque entièrement la force de l’article. D’autant que ces 2300 ha ne sont protégés dans la loi que par un dispositif très "light", avec un périmètre de protection assez facilement révisable (on comprend alors mieux l’importance du mot "environ"…)

La concertation au rabais du projet de loi a été rejetée par l’Assemblée au profit de la saisine de la Commission Nationale du Débat Public, mais avec une durée de débat limitée à 4 mois (pour un projet engageant la région pour plus de 30 ans….) et seulement pour le projet de métro "Grand huit". Concernant la partie de la loi sur l’aménagement du plateau de Saclay, pas d’indication qu’un débat serait organisé...

L’examen de la loi va reprendre au Sénat, dans le cadre d’une procédure accélérée.
Une commission spéciale est chargée d’examiner le texte de loi
http://www.senat.fr/commission/spec/grand_paris/index.html
elle commence son travail le 12 janvier

Rien est perdu, mais tout reste à faire...

à suivre...

... en vous souhaitant malgré tout une bonne année !

15 novembre 2009

Des fissures dans le béton du projet de Loi Grand Paris

La Ministre de la recherche souhaite aller vite, alors que sur le terrain nos interlocuteurs semblent prendre leur temps pour engager les prémisses d'une concertation : tout semble indiquer que l’on nous mène en bateau autour de "l’archipel" (cf. deux articles précédents, ici et ).

En attendant, nous avions déjà décidé de taper plus haut : le 7 octobre le projet de loi sur le Grand Paris a été publié, et avec un groupe d’associations parties prenantes de l’avenir du plateau, nous l’avons décortiqué, analysé, proposé des amendements et envoyé le tout aux députés et sénateurs qui examinent le projet.

Notre lettre aux parlementaires

Le calendrier du débat parlementaire

On peut y voir le travail des différentes commissions, on peut déjà y lire des propositions d’amendements qui reprennent en partie nos propositions. Entre autres, Pierre Lasbordes, Yves Cochet ont déjà déposé les leurs, François Lamy prépare les siens. La pression citoyenne à laquelle nous contribuons montre ses effets. Le débat en séance publique devant tous les députés est prévu pour les 24, 25 et 26 novembre et promet d’être difficile pour le secrétaire d’Etat : en sus des associations et des députés, il doit face à des personnalités comme Philippe Deslandes, président de la CNDP, qui qualifie dans une interview au journal La Croix son projet de concertation au rabais de « camouflet contre la démocratie » ou comme Jean Nouvel, un des architectes consultés sur le projets Grand Paris, qui dans une tribune du journal Le Monde a qualifié le projet  de « projet de loi conflictuel qui ne donne aucune garantie d'utilité publique s'il n'est pas relié à une stratégie urbaine précisée et située » et réclame… le départ du secrétaire d’Etat !

26 octobre 2009

Grand Paris : comment protéger le plateau de Saclay…. d’un excès de protection !

Agriculture sur le plateau : notre cause aurait-elle été entendue ? « la mise en culture des terres du plateau est le fruit du génie de l'homme. Il est difficile en effet d'imaginer qu'au XVIIème siècle, une zone humide, marécageuse et malsaine s'étendait en lieu et place de champs qui comptent aujourd'hui parmi les plus fertiles de France, voire d'Europe »

Cette description du plateau de Saclay se trouve bel et bien dans l’étude d’impact de la loi du Grand Paris. Les hackers de CAS auraient-ils piraté ce texte ? Christian Blanc a-t-il été envoûté par José Bové ? Et ce n’est pas tout : « Nourrir 9 milliards d'hommes, de femmes et d'enfants dans un contexte probablement bouleversé par les effets du changement climatique imposera une gestion optimale des terres cultivables et un changement des habitudes alimentaires. » La sanctuarisation des terres agricoles promise en octobre 2008 semble proche. Alléluia.

Mais non, c’était trop beau. Voici ce qu’on trouve un peu plus loin : « Dans le cadre du projet de développement du plateau de Saclay, il est apparu indispensable de préserver les espaces à haute valeur patrimoniale qui constituent le cœur du plateau, notamment en raison de leur vocation naturelle, agricole, paysagère et rurale ; nonobstant, la protection de ces espaces ne doit pas être une « mise sous cloche » et devenir un facteur d'immobilisme, voire un frein au développement de certaines activités.
Il est donc important de préserver de l'urbanisation ces espaces de haute valeur économique et patrimoniale, notamment sur les plans de la biodiversité et du paysage agraire, sans figer leur destination pour permettre la réversibilité de leurs fonctions et favoriser ainsi leur adaptabilité, par exemple, en permettant le passage d'une activité agricole, si elle devenait non viable, à un autre usage des espaces naturels et vice versa. »

L’argument est des plus retords : si l’agriculture devenait non viable, il faudrait se réserver le droit de faire autre chose soutient-il, mais c’est précisément en adoptant un mode de protection des terres peu contraignant que l’activité agricole risque de devenir non viable, du fait du grignotement progressif de l’espace. Si tu veux tuer ton chien, dit qu’il a la rage bien sûr, mais surtout fait en sorte qu’il l’attrape ! Que sont devenus les 2300 ha de terres agricoles votés par les élus de la CAPS, inscrites dans le SDRIF et promises par notre omni-président ?

Le problème c’est qu’un mode de protection qui soit facilement escamotable dès que l’on voudrait taquiner du béton, ça n’existe pas. Les dispositifs de protection existants, comme les « sites classés » sont très contraignants, c’est leur rôle. L’article 28 de la loi du grand Paris vise ainsi à créer de toutes pièces un pseudo mode de protection, très « light », mais qui ne fait guère illusion si on l’analyse dans le détail.

On a beau examiner la question sous tous les angles, le projet de loi du Grand Paris finit par ressembler à un grand fourre-tout de dispositions plus ou moins hors-la-loi. Concertation, transports, agriculture et environnement, c’est toujours la même rengaine : A territoire d’exception, exception de démocratie…

25 octobre 2009

Transports sur le plateau de Saclay : circulez ya rien à voir!

Un autre caillou dans la chaussure du Secrétaire d'État chargé du développement de la région capitale, Christian Blanc : comment garder la main sur l’organisation des transports du pôle Saclay, alors que cette compétence relève des collectivités territoriales ? C’est très simple, il suffit de créer, comme indiqué dans l’exposé des motifs de la loi, un « syndicat mixte entre les collectivités concernées et l'établissement public de Paris-Saclay ».

Ce syndicat mixte semble pourtant vouloir jouer l’équilibre : il est en effet créé « pour répondre au principe d'intérêt général qui s'attache au projet de développement de la zone comprise dans le périmètre de l’établissement public de Paris-Saclay et pour respecter le principe de libre administration des collectivités territoriales » Voila qui semble en effet un sage compromis.

Mais comme souvent, le diable est dans les détails : au sein du syndicat mixte, l’établissement public de Paris-Saclay « détiendra la majorité des sièges au conseil syndical ». Et oui, mixité ne veut pas forcement dire parité…. L’argument vient un peu plus loin : « les collectivités concernées ne se sont pas organisées pour offrir des infrastructures adaptées aux enjeux du développement local ». Bing, prenez déjà ça, bande d’incapables…

Heureusement il y a un garde-fou(s) : le STIF, autorité organisatrice des transports publics de Paris et de sa région a son mot à dire. Le STIF, c’est bien les collectivités territoriales : il est composé de la Région, des 7 départements franciliens et de la ville de Paris. Et dans le projet de loi (article 29), si le syndicat mixte a compétence pour concevoir le plan de transports local, il doit négocier sa mise en œuvre avec le STIF.

Mais là encore, l’espoir d’un partage du pouvoir est déçu : « A défaut d’accord (avec le STIF) dans un délai de six mois, ce syndicat devient autorité organisatrice de transport… »
En clair, en cas de désaccord, le syndicat se substitue au STIF. Et ce qui n’est pas clair, dans ce cas, c’est qui paiera ?

Circulez…

à suivre l’analyse de l’article 28, consacré à l'agriculture…

24 octobre 2009

Grand Paris : la concertation autoritaire

Christian Blanc est un gars pratique. Si une loi ne lui convient pas, il la contourne simplement par une autre. Dans le projet de loi du Grand Paris, l’article 3, consacré à la concertation, est de ce point de vue un petit bijou jacobin.

Revenons un peu en arrière. En mars 2008, tout juste nommé, le secrétaire d’État chargé du développement de la région capitale, truelle à la main et casque de chantier sur la tête, bout d’impatience. Il estime que la procédure de débat public est trop lente. Les mauvaises langues diraient qu’elle risque surtout de mettre au grand jour les incohérences de ses projets d’aménagement. Quoi qu’il en soit, en juin 2008, il missionne donc de hauts fonctionnaires et les charge de plancher sur « l'accélération des procédures relatives aux projets d'infrastructures en Île-de-France ». Le rapport tombe en décembre 2008, et il est fort clair : « A l'issue de l'examen auquel elle a procédé, la mission (…) a écarté ce qui lui paraît être la « fausse bonne idée » de réduire d’une façon ou d’une autre les phases du débat public et de l’enquête publique. ».

Impossible de passer en force, Christian Blanc passera donc en ruse : l’article 3 du projet de loi relative au Grand Paris consiste ainsi à créer de toutes pièces une procédure de pseudo-concertation qui se substitue à la voie normale de saisine de la Commission nationale du débat public (CNDP), en imitant ses méthodes, mais à un gros détail près : c’est un représentant de l’Etat (le préfet, donc) qui mènera (tambour battant) la concertation, en lieu et place de la CNDP. L’Etat se retrouve donc juge et partie. Christian Blanc nous dit en substance : la concertation c’est moi. Rusé, certes, mais un peu gros. D’où l’étonnement, les regrets et l’inquiétude de la CNDP, termes policés pour ne pas dire colère…

à suivre l’analyse de l’article 29, consacré aux transports…

12 octobre 2009

Grand Paris, projet Saclay : Christian Blanc pourra-t-il continuer de jouer l’arrogance ?

La semaine dernière, tout s’est accéléré.
Trois éléments marquants en deux jours qui risquent d’être déterminants
pour la suite des évènements :



- Le 7 octobre, le projet de loi du Grand Paris a été adopté en conseil des ministres, après un bras de fer entre Christian Blanc et François Fillon dont la presse nationale s’est largement fait écho, nous n’y revenons pas. L’ensemble des textes est consultable sur le site internet de Legifrance.
En plus du texte lui-même et de l’exposé des motifs, une nouveauté, l’étude d’impact : il s’agit en effet de l’application de la réforme constitutionnelle de septembre 2008, qui rend obligatoire de telles études d’impact pour tout nouveau projet de loi. C’est tout nouveau, puisque cette disposition est en vigueur depuis le mois de septembre 2009. Ce document de 91 pages est fort intéressant, notamment en ce qui concerne le sort de l’agriculture et des transports. Nous l’analyserons en détail dans les jours à venir.

- Plus important encore : Le 7 octobre, du tac au tac, la CNDP a réagit au projet de loi, par un communiqué ou elle "s'étonne que, pour un projet d'aménagement particulièrement important, la participation du public au processus décisionnel soit limité à une simple consultation sans la garantie d'une autorité indépendante". La CNDP, commission nationale du débat public est justement cette autorité indépendante, qui aurait bien aimée être saisie… mais de quoi se mêle elle ? Et bien simplement de ce qui la regarde, puisque le Code de l’environnement lui confie la mission d’émettre "tout avis et recommandations à caractère général ou méthodologique de nature à favoriser et développer la concertation avec le public".
La CNDP se positionne donc clairement sur le déficit de concertation. Clairement et courageusement, car si la CNDP est une autorité administrative indépendante, son le président est quand même nommé par le gouvernement. Comme un préfet donc. Et les préfets, par les temps qui courent, ça valse facilement ….

- Enfin, le 8 octobre, du tac au tac au retac, le Conseil régional d’Ile de France (CRIDF) en remet une couche : dans un amendement à son projet d’avis sur le projet de loi du Grand Paris, il "mandate le Président du Conseil régional pour saisir la Commission nationale du débat public sur les divers éléments constitutifs d’un projet concernant le plateau de Saclay".
Le CRIDF considère en effet que les projets de l'Etat sur le plateau de Saclay ne sont compatibles ni avec la Charte de l’environnement, ni avec la loi "Grenelle 1" en ce qui concerne la protection des terres agricoles périurbaines, ni avec le projet de SDRIF sur les priorités dans le temps, d'aménagement et de densification dans les zones denses et à proximité des moyens de transports en commun.

Elus, associations, simples citoyens, CNDP demandent unanimement de vrais processus de concertation pour le grand Paris ou pour le projet Saclay. Christian Blanc peut-il l’ignorer sachant que Valérie Pécresse, candidate à la présidence du CRIDF, ne peut l’ignorer ?….

23 septembre 2009

Concertation sur le plateau de Saclay : nous sommes déconcertés…

L’été s'est terminé officiellement le 22 septembre, et il est grand temps de faire le point sur les manœuvres concernant le plateau de Saclay. Comme tout cela est fort complexe, commençons d’abord par un petit rappel des épisodes précédents. Quatre pièces du puzzle avaient (parmi d’autres) retenu notre attention :

  • Ebauche d’une concertation sur l’aménagement du plateau de Saclay en mai, lorsque Pierre Veltz, délégué interministériel en charge de l’Etablissement public de Paris-Saclay, avait reçu le monde associatif. Prise de contact encourageante et inquiétante à la fois, comme nous en avions rendu compte dans ce blog. Rendez vous était pris pour l’automne.
  • En toile de fond de cet échange, le projet de loi pour la création de l’établissement public Paris-Saclay, c'est-à-dire de la structure administrative (et néanmoins politique) qui sera chargée de conduire cet aménagement : nous avions étudié de près une des premières versions de ce texte, et là aussi de nombreuses questions restaient en suspend.
  • Troisième pièce, le plan Campus, volet scientifique de l’opération, qui claironne fièrement que "Les financements annoncés, d'une hauteur de 850 millions d'euros, enclenchent de manière irréversible les réalisations attendues sur le plateau de Saclay". L'irréversibilité se suffit d'une annonce désormais? Notre analyse du financement de l’opération diverge quelque peu.
  • Enfin, quatrième pièce du puzzle, le projet de loi du « Grand Paris », projet annoncé le 30 juin 2009 par Sarkozy soi-même pour une mise en œuvre à l’automne, et là aussi nous avions publié nos inquiétudes sur le projet.

Nous y voici donc, à l’automne. Les choses ont-elles avancé ? Oui, mais pas dans le sens que l’on attendait : chaque jour, de nouveaux signes d'autoritarisme et de négation de la concertation apparaissent. En voici deux exemples :

1) Une re-écriture jacobine du texte du projet de loi Paris-Saclay

L’ébauche du projet de loi du Grand Paris circule. Nous la mettons ici en téléchargement. Et que retrouve-t-on dans le «Titre 5» de ce projet ? Pratiquement mot pour mot le texte du projet de loi pour la création de l’établissement public Paris-Saclay. Il y a donc eu fusion entre les deux textes. Le sort du plateau se retrouve ainsi intimement liés à celui du Grand Paris. Mais en réalité, ce Titre 5 est une version modifiée du texte que nous étudiions il y a déjà presque un an. Il est donc intéressant de comparer les deux versions, pour voir ce sur quoi il a évolué… et c’est fort instructif, sur deux points précis:

- Dans l’ancien texte, la politique des transports sur le plateau de Saclay était de la responsabilité d’un syndicat mixte   spécialement créé pour l’occasion mais qui était tenu de travailler en accord avec le STIF, c'est-à-dire avec l’organisation qui gère les transports collectifs dans l’Ile de France. Dans le nouveau texte, en cas de désaccord, c’est le syndicat mixte qui a le dernier mot . Les collectivités territoriales fédérées dans le STIF semblent donc un peu dépossédées de leurs responsabilités…

Mais surtout :

- Dans l’ancien texte, un article était consacré à la concertation : "Le président de l'établissement public organise, pendant la durée des études, une concertation dans les conditions définies par l'article L. 300-2. Le projet d’orientations générales d'aménagement est tenu à la disposition du public dans des conditions définies par décret." Dans le nouveau texte, cet article est purement et simplement supprimé. Assez perdu de temps avec "les débats qui n’en finissent plus" : les menaces de Sarkozy d’avant l’été semblent prendre forme.

2) Une non-concertation planifiée

Malheureusement, rien ne semble pouvoir nous rassurer localement : la Mission de préfiguration nous a récemment invité à une séance de travail, invitation reçue le lundi 7 septembre pour une réunion le mercredi 9 suivant, et en nous envoyant les informations à étudier la veille de la réunion ! Nous avons refusé de jouer ce jeu. D’autant qu’au début de l’été, la Mission a lancé un appel d’offre auprès de cabinets d’urbanismes, en leur demandant de proposer une "stratégie spatiale à l’échelle du périmètre de l’Opération d’Intérêt National (OIN)" qui se traduira sous forme "d’orientations générales d’urbanisme".

Mais c'est précisément sur ces options d'orientations générales que nous réclamons un débat public depuis 2006 ! Nous avons donc protesté auprès de la Mission par un courriel resté depuis lors sans réponse….

Loi_Gd_Paris_28_ao_t09_2_

03 juillet 2009

Grand Paris : dérive autoritaire ? et déréglementaire ?

La défense, 30 juin.
Nicolas Sarkozy annonce une loi sur le grand Paris à l’automne.

Une loi ? En avons-nous besoin ? D’autant qu’à la lecture du discours, cette loi ne semble être rien d’autre que l’attribut du pouvoir contre les dispositifs de concertation actuels, contre les règles (d’urbanisme), contre les territoires, ou, encore contre le statut de la RATP.

Reprenons point par point ces éléments de lecture du discours.

- Nicolas Sarkozy veut "accélérer les procédures" pour "éviter les études interminables, les débats qui n’en finissent plus". On apprécie, alors que l’on attend toujours le grand débat public à propos du plateau de Saclay...
Conséquence 1 : un texte contre la concertation… Tout en annonçant un débat pour l’hiver 2010 (pendant la campagne des régionales).
Conséquence 1bis, sous forme de question : aura-t-on une seule concertation pour le grand Paris ? Est-ce à dire qu’il y aura un gigantesque objet traité très vite ? Et traitant de quoi : d’une orientation générale, ou d’une infinité de questions hyper locales…
En un mot, on redoute un grand débat très éloigné du terrain, clos rapidement, et qui ne permet en fait que de légitimer ce qui est décidé. La démocratie serait-elle aussi "un truc qui s'éternise pour aboutir à rien" pour reprendre les propos présidentiels ?

- Et puis Nicolas Sarkozy a souhaité un texte pour établir des périmètres "autour des gares où les procédures d’urbanisme seront assouplies".
Conséquence 2. Un texte pour déréglementer l’urbanisme, pour favoriser l’action des promoteurs. Densifier l'existant, pourquoi pas, l'extension de la ville est défavorable au développement durable, mais n'est-ce pas aux collectivités locales de le décider ?

- Ensuite la création d’un "établissement ou même d’une société à capitaux publics (…) chargé de la maîtrise d’ouvrage et d’aménagement". Le modèle de La Défense revient régulièrement dans le discours. Les amis promoteurs de Hauts-de-Seine apprécient certainement.
Conséquence 3. Un outil ad’hoc donc, dont on attend avec impatience le modèle de transparence et de gouvernance.

- Enfin, la RATP devra se moderniser, pour faire face à ces défis majeurs, et devenir une "véritable entreprise publique", "c’est l’ouverture progressive à la concurrence dans 20 ou 30 ans des transports parisiens".
Conséquence 4. La déréglementation des transports est clairement affichée. La RATP devra s’adapter… et pourra donc être mise en concurrence. Nous pourrions avoir un système morcelé avec des sociétés différentes coexistant sur le réseau. Pour ceux qui aiment Ken Loach, on vous conseille le film The Navigators ; c’est un parfait résumé des dégâts de la déréglementation des transports britanniques. Rappelons que suite à la dégradation radicale des conditions de transports et à plusieurs accidents graves, Tony Blair avait décidé de renationaliser…
Voici le choix qui sera imposé à la RATP : soit rester sous tutelle publique et se limiter au marché parisien, soit s’inscrire dans une logique concurrentielle pour pouvoir étendre son champ de compétence (ie viser les transports à Lille ou Marseille). Et dans ce cas c’est toujours le PDG qui décide… et qui nomme la direction ?

30 juin 2009

Travailler toujours plus : pas de trêve estivale pour le projet Saclay

Nous publions ici le compte rendu de la réunion entre les associations du plateau de Saclay et la mission de préfiguration de l’établissement public de Paris-Saclay qui a eu lieu le 25 mai et dont nous avons déjà largement rendu compte :

  • des points inquiétants comme le déménagement de la fac d’Orsay, et le métro traversant le plateau, deux points cruciaux du projet qui ne semblent pouvoir être mis en cause ;
  • des points positifs aussi, comme la confirmation de la préservation de 2 300 hectares de terres agricoles, hors espaces boisés classés et golfs, l’accord de principe sur l’organisation d’un débat public (quand on "n’est pas opposé", c’est bien qu’on est d’accord, non ?).

En conclusion, il a été "convenu de se retrouver à la rentrée pour trancher notamment la question des modalités de débat autour de la concertation et de l’éventuel Débat Public."
Mais voila que ce qui ressemblait à une ébauche de dialogue semble devoir tourner court : c’est en effet par la presse que nous avons appris deux initiatives complémentaires de la Mission et de la Fondation de coopération scientifique (qui conduit le volet scientifique de l’opération) qui ne semblent pas devoir attendre la rentrée.

Ainsi, dans Le Monde daté du 23 juin, était publié une offre d'emploi pour un chef de projet du Campus du Plateau de Saclay, dont la mission serait de "faire émerger des solutions". Plus intéressant, dans le Moniteur du 19 juin, un article annonçant le "lancement d’une consultation de maîtrise d’œuvre paysagère et urbaine" pour "définir les grands principes d’aménagement du plateau". Bigre, de quoi va-t-on débattre dans le débat public à demi promis si les grands principes sont déjà déterminés ? des "petits" principes ?

La réception des candidatures pour cette consultation se fera d’ici le 15 juillet, remise des offres début octobre et, dans l’intervalle entre ces deux dates, un "ensemble de visites et d’échanges avec les acteurs du territoire". Personne n’imagine sérieusement que l’on puisse en deux mois et demi (dont juillet et août) engager un dialogue sur l’avenir du plateau. Mais l’équipe qui sera retenue en octobre signera pour 6 ans : elle sera donc une des parties prenantes du futur débat public qui ne devrait aujourd’hui plus tarder…

2009_05_25_CR_Mission

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