15 janvier 2009
Lettre à Christian Blanc, épisode 2
Les associations écrivent au ministre
Article paru dans Le Parisien
15.01.2009, 07h00
Valérie Pécresse pour la Recherche, Jean-Louis Borloo, Nathalie
Kosciusko-Morizet pour l’Ecologie, et surtout Christian Blanc, le secrétaire
d’Etat à la Région capitale : les associations de défense de l’environnement
du plateau de Saclay ont ratissé large. Elles viennent d’écrire à tous ces
ministres. Objet de leur mécontentement : le manque de concertation qui
entoure l’opération d’intérêt national visant à développer et urbaniser le
plateau.
Pour les associations, les différentes modifications apportées au projet ces
dernières années (déménagement de la fac d’Orsay, sauvegarde de 1 800 ha au
lieu de 2 300 prévus au départ,) nécessitent l’organisation d’un débat.
Elles demandent ainsi à l’Etat de saisir la Commission nationale du débat
public (CNDP), dans le respect des préconisations du Grenelle de
l’environnement.
La lettre à Christian Blanc en pdf
Cette lettre est signée par l'association Terre et Cité et le Collectif "un Autre avenir pour les Pays de Saclay"
21 novembre 2008
Mayonnaise de cluster et salades idéologiques
<p><p><p><p><p>Mayonnaise de cluster et </p></p></p></p></p>
"Le danger est de casser
des liens pluridisciplinaires,
les plus générateurs de
créativité,
d’une communauté qui a mis des
dizaines d’années
à se constituer et à
élaborer ses codes"
Roger Fourme, chercheur au synchrotron Soleil
Mais où sont donc passés les chercheurs ? Pas très visibles depuis la relance du projet d’aménagement du plateau par Christian Blanc, mis à part des déclarations de la présidente de l’Université Paris Sud, Anita Bersellini, estimant que le corps enseignant est "massivement d’accord". Cela peut se comprendre, vu les conditions actuelles de travail dans les bâtiments dégradés de la faculté d’Orsay, comme l’expliquait une chercheuse (tout en le déplorant), lors de la réunion publique organisée hier par le GALU de Palaiseau.
Au cours de cette réunion, Roger Fourme, directeur scientifique du synchrotron Soleil pendant plusieurs années, a montré de façon très vivante et vécue combien ce que l’on faisait miroiter aux chercheurs était un leurre, voire un piège. Certes, le pôle de recherche constitué autour de la Faculté d’Orsay, des centres de recherche et des écoles du plateau de Saclay constitue un potentiel formidable qui pourrait être mieux exploité, accord sur ce point du chercheur avec Christian Blanc. Mais l’accord s’arrête là. Tout le projet de l’Etat, argumente le chercheur, s’appuie en effet sur une conception "inexacte et tendancieuse" de l’état de la science française, vue à travers le prisme déformant du classement de Shanghai et repose sur une conception du cluster ne tenant pas compte des relations "très complexes" qui se nouent entre les différents acteurs d’un cluster, et qui font que la mayonnaise prend ou ne prend pas. On retrouve là des arguments que nous avions avancés d’un point de vue général dans notre récente lettre à Christian Blanc. Cela est très rassurant (et en même temps inquiétant) de les voir avancés de façon très concrète par un praticien local de la recherche, preuve qu’on n’était pas à coté de la plaque.
Mais le chercheur va plus loin, en analysant les soubassements idéologiques à l’oeuvre derrière tout cela. Il s’agit de mettre la recherche publique au service des plus grands groupes privés (et eux seuls) au moyen d’un pilotage des orientations scientifiques s’appuyant sur les nouveaux instruments de financement et d’évaluation de la recherche que sont l’ANR et l’AERES. Cela permettra au passage de "casser" ce repère de gauche un peu incontrôlable que constitue la Faculté d’Orsay.
Il y a donc beaucoup à perdre en gagnant des locaux flambant neuf, comme le résume la phrase citée en introduction de cet article. Proposition de l’intervenant : face à la "stratégie du choc", (pour reprendre le titre du dernier ouvrage de Naomi Klein) impulsée par l’Etat, il est urgent de prendre le temps de bien penser à ce que l’on fait, en mandatant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), instance parlementaire, pour analyser en profondeur tous les tenants et aboutissants de la question.
L’Etat saura-t-il se mettre à l’écoute des acteurs ou persistera-t-il dans ses visées bonapartistes ?
19 novembre 2008
Aménagement du plateau de Saclay : le retour de l’Etat arrogant
VivAgora,
Association qui milite pour promouvoir le débat social
autour
des choix scientifiques et techniques,
a publié un texte où nous reprenons l'histoire
de l'aménagement du plateau de Saclay
et les arguments que nous avons listés dans la lettre envoyée
à Christian Blanc le 10 novembre dernier.
Pour accéder à l'article en ligne, cliquer ici.
11 novembre 2008
Lettre à Christian Blanc
Citoyens actifs et Solidaires
Orsay
http://casorsay.canalblog.com
A l'attention de M. Christian Blanc
Secrétaire d'Etat chargé du Développement de la région
capitale
246, Bd St
Germain
75007 Paris
Orsay, le 10.11.2008
Copies à : Monsieur Borloo, Ministre de l'Ecologie, de
l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire
et à Madame
Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Monsieur le Secrétaire d'Etat,
Citoyens d'Orsay, nous souhaitons réagir à votre projet «
Recours à l'outil juridique de l'OIN pour le développement d'un cluster
scientifique et technologique sur le Plateau de Saclay » sur trois aspects
complémentaires.
En premier lieu il nous apparaît que le projet de cluster
qui y est défendu est inopérant à plusieurs titres :
Tout d'abord, il repose sur une définition essentiellement
géographique et centralisatrice du cluster. Les travaux qui ont été menés sur
les relations de « proximité » dans un cluster scientifique montrent tous que
la dimension géographique est évidente, mais qu'elle n’est pour autant ni
naturelle, ni même liée à la seule distance dans l’espace considéré. Ainsi, la
Silicon valley que vous citez en exemple, est certes marquée par l’espace, mais
un espace qui s’étend sur plus de 100 km (deux fois la distance Orsay –
Roissy), et dans lequel on sait aussi que Google et Microsoft ont choisi
délibérément de ne pas s'installer trop près l'un de l'autre.
La question de la distance est ainsi beaucoup trop
prégnante, comme principal argument au déplacement de l'Université Paris 11,
mais aussi de l’ENS Cachan, de Centrale, alors que rien ne permet de penser que
la concentration sur le plateau favorisera la coopération.
De plus, dans ce projet, vous faites référence à des
critères très mécanistes comme ceux du classement de Shanghai, dont la
communauté scientifique a déjà montré les limites : il n’est utile, ni pour la
science, ni pour les scientifiques d’additionner les « scores » de plusieurs
entités (Ecole Polytechnique, HEC, Université Paris 11…) dans l’espoir de
gagner des places dans un classement qui a pour objet de valoriser les grosses
entités. La logique de regroupement induite par les critères de Shanghai nous
apparaît ainsi artificielle et en tout cas incapable d'inspirer un modèle pour
l'organisation spatiale des relations entre entités de recherche et
développement. D'ores et déjà, il est avéré que nombre de clusters privilégient
la souplesse d'organisation entre petites et moyennes unités et non pas la
présence d’entreprise / site / université de taille très importante.
Par contre, les recherches montrent la dimension organisée,
voire institutionnalisée des clusters. Et là, il y a des éléments que nous ne
trouvons pas dans votre projet : par exemple, les moyens financiers qui
permettent à des acteurs proches de travailler ensemble, des lieux de
concertation, ou plus largement des facteurs que les économistes peinent à
définir : culture commune, confiance et solidarité… Les modes de gouvernance du
cluster ne sont pas précisés, une instance semble décidée à agir… mais celle-ci
nous apparaît très éloignée des populations et des élus locaux. Les formes de
concertation et de confiance qui sont sources des synergies propres aux
clusters ne sont donc pas réunies.
Ainsi, la politique de cluster ne parvient pas justifier le
déplacement de la faculté d'Orsay. Les universités et centres de recherche sont
déjà proches géographiquement... Ce qui leur manque c'est le rapprochement en
termes de travail effectif, d'organisation, d'échanges... Les rapprocher de 2
ou 3 km ne changera rien, mais sera très coûteux, notamment si on prend en
compte les externalités du déménagement (qui gèrera la friche que laisserait
l’ancien campus dans la vallée ?). La solution la plus efficace et la moins
chère consiste à mettre des moyens de l'Etat sur les projets partagés, sans
chercher à déplacer qui que ce soit. Une ville nouvelle, ce n'est jamais le
rêve, cela génère souvent de graves problèmes sociaux et humains. Mieux vaut
construire dans la durée, rénover et densifier l'existant, intégrer les nouvelles
populations dans les vallées et les réaménager pour les rendre effectivement
accessibles (en termes de logements, comme en termes d'emplois) et agréables à
vivre.
En second lieu, nous estimons que le projet n’est pas
soutenable, ni d’un point de vue environnemental, ni en termes de gestion du
territoire
Dans le respect des considérations de la Loi Grenelle 1
d'une part, et du SDRIF d'autre part, il nous parait primordial de ne pas
dilapider un environnement agricole de très fort potentiel, permettant une
agriculture sans irrigation, à proximité des consommateurs. Votre projet évoque
le maintien de 1500 (ou 1300) ha d'espaces naturels, agricoles, paysagers et
ruraux. Cela ne correspond en rien au consensus auquel les élus locaux, la
mission de préfiguration et les associations locales étaient parvenus. Ce
consensus portait sur 2300 ha minimum de terre agricole, tout autre
qualificatif étant à prohiber dans la mesure où il exclut, au moins
potentiellement, le caractère effectivement agricole des terres.
800 ha de plus ou de moins, quelle importance ? Une
importance mondiale, car la surface de terres agricoles qui disparaît ainsi
dans le monde est effectivement la somme de petits morceaux urbanisés de ci de
là, et toujours aux dépens des meilleures terres agricoles, celles qui sont à
proximité des villes. Aucun projet local ne peut plus ignorer cette donnée
mondiale, alors que les études projettent à l’horizon 2050 un besoin de
production alimentaire multiplié par deux.
Ces considérations imposent, si l’on veut atteindre les
chiffres d'augmentation du nombre d'emplois et de logements annoncés, de
densifier les espaces actuellement bâtis (dans les villes ou sur les campus
déjà existants), sans empiéter sur les terres agricoles.
En ce qui concerne les transports, il est préférable
écologiquement et économiquement, de renforcer et d'améliorer le réseau de
transport en commun existant, en vue de l'augmentation de la population et de
l'activité, plutôt que de créer de nouvelles lignes extrêmement coûteuses. Cet
argument renforce la proposition de densifier la vallée plutôt que de
construire sur le plateau.
En matière de transports toujours, le développement de
l'aéroport de Toussus (300 vols par jours prévus !!!), évoqué dans votre
projet, nous semble incompatible avec les perspectives de développement
durable, comme avec la qualité de vie des riverains, qui auront à supporter les
nuisances jours et nuits.
Enfin, comme vous l'avez bien analysé dans votre projet,
l'hydrologie du plateau est tout à fait particulière. Les constructions
prévues, a fortiori la ligne de métro sous-terrain, mettront en péril un
équilibre fragile. Là encore, les coûts (notamment liés aux inondations) seront
à ajouter au projet, mais seront supportés par les habitants des vallées.
En résumé, ce projet nous semble archaïque et inadapté aux
besoins et aux défis ambitieux que nous souhaiterions porter avec vous pour
notre région.
En troisième lieu enfin, nous souhaitons revenir sur la
méthode utilisée pour mener ce projet : le manque total de concertation avec
les habitants, la dispersion des informations, l'absence de prise en compte des
avis des instances locales, bref le manque de démocratie autant que les
incohérences de fond, ne permettront pas de faire adhérer les populations au
projet. En décembre 2006, nous avions écrit, avec d’autres associations, au
Préfet de Région pour demander l’organisation d’un débat public dans les termes
définis par la Commission Nationale du Débat Public. Le Préfet avait fait
répondre par Jean-Pierre Dufay en date du 2 janvier 2007 que nous étions « dans
une phase très amont de la construction du projet », et annonçait : « la CNDP pourra être saisie dans un deuxième
temps, lorsqu’un projet concret pourra lui être soumis. ».
Nous sommes sûrs que l’Etat n’a qu’une parole et que l’outil
juridique OIN ne sera pas utilisé pour refuser la tenue de ce débat public, au
risque de se mettre en contradiction avec la Convention d’Aarhus dont la France
est signataire. Cette Convention s’applique notamment pour la réalisation d’infrastructures
et précise que la participation doit avoir lieu « lorsque toutes les options et
solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle
influence », c’est-à-dire en amont du projet. Il n’est donc que temps de la
mettre en œuvre.
Tout ceci ne sera pas vain car il est clair que d'autres
solutions sont possibles : le cluster existe déjà historiquement, le nouvel
élan suppose tout particulièrement de penser sa durabilité. Ce qu'il faut
soigner, c'est l'envie de travailler ensemble, comme le propose par exemple le
projet « Les Pays de Saclay ».
Restant à votre disposition pour en discuter plus avant,
veillez agréer, Monsieur le Secrétaire d'Etat, l'expression de nos sincères
salutations
Pour les membres de l'association Citoyens Actifs et
Solidaires,
son Président,
Lettre à Christian Blanc en PDF
Pour accéder au texte du projet de Christian Blanc, cliquer ici

