F o r u m I n f o . b l o g

Blog des citoyens actifs et solidaires, à Orsay, association de promotion de la démocratie participative locale, créée en 1995

14 novembre 2009

L’archipel qui voulait se faire aussi gros qu’un continent

Pour booster la speed-concertation (voir article précédent), rien de tel que d’avoir déjà un projet tout fait. Ce n’est pas tout à fait le cas, mais la Ministre de la recherche Valérie Pécresse a des idées : pour le campus Saclay, elle a proposé « des constructions qui seraient polarisées autour des activités sous forme d'un archipel habité sur l'étendue du plateau ».

Un archipel sur l’étendue du plateau ? Quelle belle formule, pleine de poésie…. En terme d’aménagement du territoire, cela porte un autre nom : le mitage des espaces naturels et agricoles par l’urbanisation : on dispose sur un territoire des petits îlots urbains isolés que l’on relie ensuite par des corridors qui eux-mêmes enflent jusqu’à ce que ce soient les espaces naturels qui deviennent un archipel un milieu d’une mer urbaine.

Au détour de ce brillant projet urbanistique, on note que la ministre de la recherche semble remettre en cause la division du travail avec son collègue Christian Blanc : au départ c’était à elle le projet scientifique, à lui le projet d’aménagement qui va avec. Comment a-t-elle osé sortir de ses platebandes ? Peut-être parce que la nature a horreur du vide : le projet du Grand Paris de Christian Blanc semble se réduire à une French Silicon Valley, un grand huit et 20 gares disposées sur le dit grand huit. Un peu court comme projet d’urbanisme. Et puis il y a les régionales en mars, il faut occuper le terrain….

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13 novembre 2009

La speed-concertation, un new concept

Petit résumé des épisodes précédents: le 2 octobre dernier a eu lieu une réunion des associations actives sur le plateau de Saclay auprès de la mission de préfiguration du futur Établissement Public Paris-Saclay. Nous avons rendu compte de cette réunion, la mission l'a fait de son coté le 4 novembre et nous a proposé d’accompagner les projets qu’elle va mener dans les prochains mois :

d'une part les études en cours:
- définition des options générales d’aménagement
- étude d’impact environnemental
- établissement d’un schéma hydrologique du plateau

d'autre part le dossier des transports.

L’idée serait que les associations impliquées dans ces questions fassent partie d’un Comité dont le fonctionnement suivrait la charte de la concertation. Nous avons finalement reçu hier une proposition très floue d'organisation de ce processus, avec concrètement une réunion le 4 décembre sur les transports, et rien pour l'instant sur les options générales d'aménagement.

Or, Valérie Pécresse a annoncé le 6 novembre dernier la création d'un « atelier des campus universitaires », groupe de travail chargé de « veiller d'ici à février 2010, à la qualité d'aménagement des schémas de chaque campus et aux modalités de mise en oeuvre ». Elle a indiqué qu’elle souhaitait « disposer d'ici la fin du mois de janvier de tous les schémas d'aménagement pour chaque site. »

En retirant 15 jours pour les fêtes de fin d’année, cela laisse maximum un mois et demi.

La concertation sur notre schéma d’aménagement, ça va donc être sport…

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03 octobre 2009

Concertation sur le plateau de Saclay : nous contenterons-nous de quelques miettes ?

« J’ai déjà dit, au sujet du projet de loi du Grand Paris, que dans la partie concernant le futur établissement public (EP) Paris-Saclay (Titre 5), la description des moyens de la concertation avec le public devait être fortement améliorée. Ce sera le rôle du débat parlementaire. »

Voilà une déclaration faite par Lucien Chabason, garant de la concertation au sein de la mission de préfiguration de l’EP Paris-Saclay, qui à la fois nous rassure et nous inquiète.

Elle nous rassure, parce qu’elle émane d’une personnalité engagée dans ce processus sans faire partie du milieu associatif mais qui rejoint nos analyses. Dans notre précédent article, nous avions en effet pointé que l’article concernant la concertation était passé à la trappe dans la dernière version du projet de loi. Il est rassurant de voir que d’autres que nous trouvent cela préoccupant. Cette prise de position courageuse du garant de la concertation s’est faite au cours d’une réunion entre le milieu associatif et la Mission de préfiguration de l’EP Paris-Saclay qui s’est tenue hier dans les locaux de la Mission à Orsay.

Mais cela nous inquiète aussi. En effet, au cours de la même réunion nous avons demandé à Pierre Veltz, Guillaume Pasquier et Lise Mesliand, représentants de la Mission, pourquoi cet article avait-il disparu. Ils ont fait comme s’ils n’étaient pas au courant. « il y a eu tant de versions de ces textes… » .. se sont-ils contentés de dire. Un peu court, non ?

Tout au long de la réunion, les responsables de la Mission nous ont semblé manquer pour le moins de clarté sur leur rôle dans le processus d’aménagement. L’exemple le plus flagrant concerne le déménagement de la faculté d’Orsay sur plateau : « le Conseil d’Administration de l’Université a voté en faveur de ce déménagement, il n’appartient pas à la Mission d’interférer dans cette décision ». Louable attitude de respect d’un principe démocratique, mais qui cadre mal avec le fait que cette opération se fasse dans un OIN, où justement l’Etat (qui de surcroît va financer l’opération) peut choisir de prendre la main. Et il y aurait matière.

En effet, le déménagement de l’Université sur le plateau est parfaitement contraire aux principes généraux d’aménagement énoncé par Pierre Veltz lui-même en début de réunion, notamment la parcimonie quant à l’usage de l’espace. Interrogé sur le caractère fort avancé des implantations des autres infrastructures prévues par le plan Campus, il a réaffirmé que ces « propositions, faites par les 23 institutions partenaires du plan Campus, n’étaient qu’un élément versé au dossier, et en aucun cas un plan définitif ». Est-ce crédible ? Dans ce contexte, proposer la création d’une ZAD (Zone d’aménagement différée) comme outil juridique de protection des terres agricoles apparaît au mieux comme un surcroît de maladresse, au pire comme la promesse d’urbanisation de ces terres.

En début de réunion Pierre Veltz nous avait présenté les 3 grands enjeux (synergie université recherche ; création d’emploi et d’activité ; cadre de vie et attractivité) et les 4 grands principes (préserver l’espace agricole, constituer un pole attractif mixant emploi et habitat ; penser l’économie d’espace ; concilier urbanité et nature). Des mots, déconnectés de la réalité et révélant même de l’impensé, de l’inconscient :les enjeux ne sont pas le développement durable, ni l’agriculture, ni la démocratie locale… tout cela reste au mieux au stade des principes.

Percevant finalement le manque de crédibilité de cette attitude ambiguë, les responsables de la Mission nous ont donné quelques exemples de leur volontarisme : négociation avec responsables de Polytechnique pour les convaincre de la nécessité de densifier le site de l’école, négociation serrée avec EDF sur la surface de leur futur implantation. Louable certes, mais secondaire…

Car pendant que nous discutons bien sagement, les projets avancent : Trois cabinets en charge respectivement de la définition des options générales d’aménagement, d’une étude d’impact environnemental et de l’établissement d’un schéma hydrologique du plateau sont en passe d’être sélectionnés et se mettront au travail d’ici la fin de l’année. La Mission nous a proposé d’accompagner leur travail (ainsi que le dossier des transports) en faisant parti d’un Comité dont le fonctionnement suivrait la charte de la concertation. Nous avons mis comme préalable à cette participation que les cahiers des charges sur lesquels ces cabinets travaillaient nous soient communiqués, selon un principe d’égalité d’accès à l’information. La mission s’y est engagée.

S’il s’avérait que toutes les options possibles ne sont pas a priori ouvertes, notamment concernant les options générales d’aménagement, nous nous retirerions bien évidemment, pour ne pas servir de caution démocratique à un projet déjà ficelé… et nos craintes à ce sujet restent entières.

14 mars 2009

Un Cluster avec béton et sans moteur…

Au fur et à mesure que le projet de Campus OIN avance,
on se dit que l’on est en retard d’un demi siècle.
C’est dommage pour une zone de haute technologie d’avenir.
Un demi siècle, ou deux siècles d’ailleurs ?

Un demi siècle car ce n’est qu’à l’aune du bâti, du construit, de l’investissement matériel que les pilotes du Cluster semblent agir. Et alors on se croirait dans l’après guerre, quand le bâtiment va, tout va disait-on !
On parle déménagement, emménagement, comme si nous étions dans la construction d’une chaîne de montage et qu’il fallait que les ouvriers soient dans un même espace pour engendrer des gains de productivité… Là on se retrouverait quasiment dans la manufacture d’épingle d’Adam Smith… (1776 !).

De quoi souhaiterait-on entendre parler pour défendre un projet contemporain, pensant le territoire et l’engendrement de connaissances pour faire face aux défis du XXIème siècle (pour parler comme l’UE) ? Ou, pour le dire différemment, comment penser un développement qui ne pense pas une croissance matérielle, que l’on sait insoutenable ? Il n’est pas question ici de défendre la décroissance, mais de penser les outils pour cesser l’accumulation infinie de marchandises (1).

On souhaiterait entendre parler d’une dynamique de projets scientifiques. Cela n’exclut pas l’investissement matériel, mais  implique d’abord, des investissements immatériels : de la confiance, des relations, des contenus scientifiques, des coopérations, des dispositifs permettant des apprentissages communs, des espaces communs aussi certes, des instances délibératives et collaboratives.
Pas essentiellement besoin d’être éloigné de moins de 10 km pour travailler ensemble, il faut un avenir commun, et une confiance réciproque.
Nombre d’ouvrages de ces dernières années (l’âge des accès de Rifkin, la société de réseau de Castells, le capitalisme cognitif de Moulier-Boutang…) ont montré le caractère central de l’immatériel, des réseaux d’acteurs, d’une société épistémique (communauté de savoir)…

Cohn Bendit défend avec quelques autres, une nouvelle fable des abeilles : ce qui importe n’est pas tant le miel, que la pollinisation. Qu’est ce donc ? Une réflexion sur les connexions, les échanges, et non seulement sur l’infrastructure.

L’investissement immatériel, c’est bien sur la connaissance elle-même, mais c’est aussi la structure de gouvernance, celle qui assure que les institutions sont prêtes à avancer, à partager…
Le plan Campus est bien loin de ce nouveau mode de développement. Il est pensé dans la logique du NMP (Nouveau Management Public), qui met les personnes, les équipes et les entités en compétition. C’est la compétition pour les fonds, pour les partenariats, pour les postes… Or, cela est aux antipodes de ce qui fonde la coopération scientifique, qui suppose un langage et des objectifs communs, et donc pas une lutte pour être toujours mieux classés que le collègue… Penser la dynamique collective d’un Cluster passe par de la diffusion, qui suppose de la confiance et non essentiellement de la concurrence. Oui bien sur dans le plan Campus il y a du scientifique, c’est sans nul doute un grand projet scientifique d’ampleur mondiale… mais ce qui chagrine, c’est le manque de coopération
La connaissance ne s’engendre pas seulement dans un labo flambant neuf, elle s’engendre dans les usages, dans les réseaux, dans les coopérations, dans les partenariats sur des projets communs. C’est là l’esprit du Cluster.

Là encore un ENORME hic : le plan Campus, comme la LRU n’ont pas pensé un instant la question clé de tout le système éducatif français, ce qui fonde sa schizophrénie entre l’université de masse et les grandes écoles. Ce système produit un écrémage : accaparement des moyens, de la réputation et des ‘élites‘ par des grandes écoles qui ne sont que des nains à l’échelle internationale. C'est comme si on pensait une équipe de basket avec deux profils : quelques géants sous alimentés (les facs) et quelques nains survitaminés…Il n'est alors  pas facile de créer de la cohésion…

Bien sur, on aurait envie aussi de dire que l’abandon de la politique d’aménagement du territoire, au profit d’une concentration sur des pôles régionaux, c’est revenir avant les années 1950…
Penser les synergies ne se fait pas  uniquement par le bâti mais par un travail plus sous-terrain, plus humble peut-être, pour penser l’agir commun, et non l’agir des uns contre les autres. Certes, c’est moins honorifique que d’inaugurer des palais de verre... Mais nous préférons penser aux personnes, aux espaces dans lesquels ils vivent, avant de penser la visibilité des projets.

(1) i.e. En référence à la première phrase du Capital « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une "immense accumulation de marchandises" ».

13 mars 2009

Les déplacements d'un clusterman dans les années 2010-2030

Tout d'abord, il faut noter qu'après avoir titré "LES TRANSPORTS : UNE ARDENTE ET URGENTE NÉCESSITE", les auteurs du Plan Campus se déclarent eux même incompétents et illégitimes pour les organiser ! Surprenant, vraiment, puisque le volumineux document est signé par… Vincent Pourquery de Boisserin, secrétaire d'Etat à l'aménagement de la région capitale ! Mais il est bien plus facile de botter en touche sur le STIF (Syndicat des Transports en Ile-de-France), quitte à inclure des cartes bigarrées illustrant le merveilleux maillage prévu pour irriguer (et féconder) le futur cluster.

Le Plan Campus de 2009 présente un projet de transports collectifs à réaliser en plusieurs phases de 2010 à 2030

1) Première et urgente nécessité :

Actuellement, les déplacements s'effectuent à 75% en voitures particulières et l'arrivée d'environ 50 000 personnes supplémentaires - étudiants, enseignants, chercheurs, personnels des entreprises, visiteurs - exige une amélioration rapide des circuits existants.

Les solutions proposées pour le court terme consistent à "optimiser" les réseaux actuels : RER B et RER C, en assurant des connexions souples est-ouest et nord-sud. Mais le RER B, avec 400 000 voyageurs /an est saturé aux heures de pointe. Seuls travaux en cours, la section du TCSP (Transport en Commun en Site Propre) de Massy à l'Ecole Polytechnique - 6,3 km - est en voie d'achèvement.

2) Les projets à court terme : cf. Carte transports Campus

La solution reposera sur deux lignes dites structurantes :

- une connexion est-ouest  du plateau vers le RER B (Massy / gare du TGV, Orly) et vers le RER C (Saint-Quentin en Yvelines, Evry). Cette connexion serait en TCSP, dont les travaux entre l'Ecole Polytechnique et Saclay puis Magny-les-Hameaux sont à l'étude.
- une connexion nord-sud entre les Ulis, Courtaboeuf, le Guichet et le RER C à Jouy-en-Josas et Versailles. Le Plan Campus ne donne aucune information sur le projet d'un éventuel TCSP, ce qui laisse supposer l'utilisation des axes existants  (N 118  en particulier).

Des lignes de dessertes dites "fines" – "Midibus" de 50 voyageurs- assureront les besoins de mobilité interne et d'échanges entre les zones de logements, d'enseignement, de services, d'entreprises, du nouveau Campus vers les vallées :

  • de l'Ecole Polytechnique au CNRS à Gif-sur-Yvette
  • de la gare RER d'Orsay vers Supélec, Soleil, en utilisant les lignes de desserte de l'actuelle Université Paris XI et du plateau du Moulon.

3) Les projets à moyen et long terme :

Les solutions enterrées (métro) ou prolongement des RER, sont lourdes et coûteuses donc dites " incompatibles avec des échéances à court terme".

4) Les investissements financiers et coûts d'exploitation :

  • Le budget de la section de TCSP entre Polytechnique et Le Christ de Saclay s'établit à 35 M€ et à 30 M€ pour la section Christ de Saclay - HEC, INRA à Jouy-en-Josas.
  • Les coûts d'exploitation du nouveau dispositif sont de 22 M€/an.

Le Clusterman de demain devra compter sur les dessertes organisées par les acteurs du Plan Campus : CEA, Ecole Polytechnique, Thalès, Onera, ... qui ont créé leurs propres lignes de bus. Mais, pour les jeunes étudiants (avant d'être chercheur, on est étudiant) qui ne résideront pas sur place, rien n'est précisé. Les déplacements risquent de coûter très cher, les sociétés d'exploitation n'étant pas des entreprises philanthropiques...

Et les liaisons douces pour piétons et cyclistes ? A ce jour, 6 km sont réalisés entre Massy et Polytechnique. Pas d'autre projet à l'horizon 2010-2030 : le choix est simple, le "clusterman" risque d'utiliser en priorité une voiture particulière.

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11 mars 2009

Téléchargez le plan Campus Saclay

Nous avons commencé une série d'articles d'analyse du Plan Campus. Mais il est toujours utile de pouvoir revenir aux sources pour pouvoir se faire son propre avis. Vous trouverez sur cette page plusieurs documents concernant le Plateau de Saclay et notamment les deux tomes du plan Campus.

Posté par cas_orsay à 22:53 - L'O.I.N. Massy Saclay St Quentin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Plan campus : la nature et l’agriculture en vitrine

L’agriculture a besoin de terres.
Cela n’est certes pas suffisant pour assurer sa viabilité,
mais c’est au moins nécessaire.
La question de la consommation de terres agricoles
dans le projet Saclay est donc cruciale.

Petit rappel : le projet présenté par Christian Blanc en novembre 2008 promettait la sanctuarisation de 1800 ha de terres agricoles. Tollé général, l’ensemble des acteurs s’étant accordé sur un minimum de 2300 ha lors d’une phase précédente du projet. Ne garder que 1800 ha, suppose une consommation de terres agricoles que l’on peut estimer à 800 ha, en gros le double de ce qui est prévu dans le schéma directeur de la région Ile de France (SDRIF).

Le plan Campus est la première traduction concrète du projet Blanc, et oh surprise, pour l’ensemble du projet, seulement 183 ha d’urbanisation sont annoncés, soit moins que prévu par le SDRIF : au sud de la RD36, on compte 16 pastilles oranges (cf. carte du SDRIF), ce qui représente environ 400 ha urbanisables. Le projet ne prévoit d’urbaniser que la moitié de ce potentiel.

No problem donc ? Cherchez l’erreur : on ne parle tout simplement pas de la même chose ! Le plan Campus n’est ce que la partie « recherche » du projet, disons ce que la bande à Valérie Pécresse rêve de faire si ils avaient l’argent, ce qui n’est pas gagné. Le projet Saclay, celui de la bande à Christian Blanc, est beaucoup plus large (cf. carte du projet Blanc), les espaces urbanisables dépassent largement le périmètre du plan Campus. Essayer de nous refiler le projet en le coupant en petits morceaux, la ficelle n’est-elle pas un peu grosse ?

Ces précisions faites, voyons maintenant quel est le statut de l’agriculture dans le projet Campus : ce n’est jamais une activité économique, mais au choix un terrain d’expérimentation, un paysage, des « valeurs ». Même pas une page au total dans un projet qui en compte 65.

Extraits :

Il s’agit de créer « l’un des plus grands centres mondiaux de recherche en matière d’agro-systèmes et de milieux naturels ». (tout en détruisant les milieux naturels !)
« Des acteurs des pôles biologie santé, sciences et ingénierie du vivant pour l’agriculture (…) souhaitent que la préservation et la valorisation des agro-écosystèmes et des milieux semi-naturels du site soient assurées à des fins pédagogiques, scientifiques et de conservation ».
« Cette ambition est motivée par l’exceptionnelle dimension paysagère du plateau et parce que cette dimension s’inscrit dans le projet urbanistique comme une valeur fondamentale du projet ».

Tout cela est fort bien, les défis que les questions agricoles posent à la recherche sont effectivement redoutables (réduction des pollutions, augmentation de la demande alimentaire mondiale). Mais il n’est à aucun moment question de l’agriculture comme une activité économique créatrice de richesse et d’emploi, produisant des aliments et pouvant tirer profit de la proximité de la ville, par exemple pour raccourcir les circuits de distribution. Le projet a beau mentionner « les qualités agricoles, exceptionnelles, ceci sans irrigation » des terres du plateau, les seuls hectares de production agricole cités dans le projet sont les 150 ha prévus pour les expérimentations des organismes de recherche travaillant sur la question (AgroParisTech, INRA, etc.)

En bref : des paysages et des agro-systèmes oui, mais des agriculteurs, consommateurs et autres AMAP, non !

Et c’est de même pour les écosystèmes naturels et « semi-naturels » (c’est quoi ça ?) affichés comme « une vitrine de la recherche et de démonstration pédagogique ».

Certes le document recense l’existant : coopération entre l’Université Paris XI et l’ONF sur un projet pédagogique pour la gestion forestière de la Guyonnerie, collections botaniques du domaine de la faculté d’Orsay (au fait, que deviendraient-elles si la fac quitte le site de Launay ?)

Le projet propose même de créer un autre « pôle botanique » sur le plateau avec l’Université (en attendant, c’est l’association Orsay-Nature, ABON, qui entretient bénévolement le verger et ses militants sont complètement démoralisés !), ou encore de « valoriser la forêt pédagogique de la Guyonnerie », « valoriser le parc botanique de Launay dans la vallée », « réaménager l’Yvette » et promet finalement « un réseau structurant de circulation douce ».

Le ressenti persistant que la nature et l'agriculture ne sont, au mieux, que des faire-valoir se renforce dans les dernières lignes du chapitre, qui proposent de « créer un tissu végétal sur le campus afin de renforcer le caractère identitaire de la trame verte »

A quand des T-shirts et casquettes « I love plateau de Saclay ® » ?

Posté par cas_orsay à 08:51 - L'O.I.N. Massy Saclay St Quentin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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08 mars 2009

Plan Campus… un financement au risque du marché financier

Harvard, Harvard… Que vas-tu nous apprendre aujourd’hui ?
Aujourd’hui, Harvard, mais aussi quelques autres grandes universités américaines, vont nous aider à réfléchir au financement du Grand Campus de Saclay.

Le plan Campus sera financé par le moyen d’une cagnotte, issue de la privatisation partielle d’EDF. L’argent de la vente de titres d’EDF ne va pas être utilisé directement mais va nourrir un fonds. Il s’agit d’une dotation "non consomptible": durant les 25 années du contrat, seuls les intérêts du capital seront disponibles.

Traduction pratique : dans le cadre du plan Campus, les acteurs du projet Saclay demandent 1,45 milliards d’euros de dotation en capital à prendre sur les 5 milliards d’euros partagés entre les 12 projets sélectionnés dans toute la France. Ils en attendent 620 millions d’euros d’intérêts sur dix ans. Il n’y a donc aucune garantie du financement. Merveilleux, n’est-ce pas de baser un financement de long terme sur le rendements d’actifs financiers, et cela en pleine crise financière qui voit s'effondrer leurs cours (le CAC 40 a perdu en un an plus de 50% de sa valeur !).
Certes on ne connaît pas la nature des placements, mais l'analyse de la gestion des fonds sur les 20 dernières années nous montre que toutes les institutions (y compris l’économie sociale, les fondations, le caritatif...) ont utilisé des placements à haut risque.

Ainsi, le plan Campus ne permettra pas de financer la recherche en masse, via un lourd investissement. Non non, le gouvernement français ne suit pas la résolution très keynésienne d’Obama qui sait qu’il est important pour l’Etat de dépenser pour d’une part dynamiser la demande qui est en  berne (plombée par les bas salaires) et d’autre part pour forger les infrastructures de l’activité (non seulement des ponts ou des routes, mais celles du savoir et de la santé).
Le plan Campus va juste doter quelques universités triées sur le volet d’un fonds dont elles pourront utiliser les intérêts pour payer les loyers de leurs locaux neufs ou rénovés. Ce fonds ne suffira que si les collectivités locales renforcent les efforts prévus dans les CPER 2007-2013 et les poursuivent jusqu'en 2035 (2010+25 ans).

Et Harvard dans tout ça ? Et bien c’est un peu le modèle qui inspire ce mode de financement dans le plan Campus : cette Université est financée par la fondation d’Harvard. Celle-ci valorise le trésor qui permet à la grande université américaine d’être super dotée. Sauf qu’il y a un hic : la valorisation boursière de cette fondation a chuté de plus de 25 % en 2008 (et d’autres universités ont vu pire !). Dommage pour des cracks de la finance de perdre plus de 8 milliards de dollars de fonds propres… Et oui… Au fait, le financement d’Harvard repose bien les intérêts… même quand le fonds fond... Heureusement que, quoi qu’on en dise, ce sont bien les Etats et l’Etat fédéral qui financent à plus de 70 % la recherche publique aux Etats-Unis !

Pérenne, vous avez dit financement pérenne ?

Alors il faudra penser à autre chose pour financer le plan Campus !

07 mars 2009

Plateau de Saclay : les constructions ont commencé

Le premier équipement du projet Saclay est pratiquement achevé.
Il s’agit d’une
audacieuse usine à gaz à bi-rotor cataplasmique,
qui devrait en produire suffisamment (du gaz) pour alimenter
l’ensemble du projet jusqu’en 2015.


L’aménagement du plateau de Saclay, avant, en 2006, c’était pourtant simple : un premier ministre (Dominique Galuzot de Villepin) demande au Préfet de Région (Bertrand Landrieu) de préparer une OIN, mission confiée à un préfigurateur (Jean-Pierre Dufay). Schéma centralisateur, certes, mais limpide comme de l’eau claire qui coule depuis le haut des montagnes vers les mornes plaines.

Aujourd’hui, seule une élite du gouvernail administratif et de la voilure politique s'autorise à penser (ah! Coluche, tu nous manques...) qu'elle appréhende les principes de la gouvernance du bazar. C’est pourtant pas si compliqué : une étude préliminaire avait été confiée à Philippe Lagayette, qui, après avoir rendu un rapport en 2007, a finalement démissionné en octobre 2008, (semble-t-il en désaccord avec Christian Blanc, le secrétaire d’Etat chargé du Développement de la région capitale, auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire). Il est en tout cas remplacé fin octobre par deux chargés de mission, un pour les aspects scientifiques, Jacques Glowinski, professeur honoraire au Collège de France, nommé par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse (élue UMP des Yvelines), et un pour les aspects aménagement, Vincent Pourquery de Boiserin, directeur régional et départemental de l’Equipement de la région Centre et du Loiret, nommé par Christian Blanc (élu Nouveau Centre, des Yvelines lui aussi). On vient bien de pénétrer dans le champ de la tectonique des territoires ministériels et régionaux, un peu comme en géologie, à la frontière de deux plaques de l’écorce terrestre, là où surgissent les volcans et se déchaînent les tremblements de terre.

Heureusement un nouvel acteur vient de débarquer : Pierre Veltz, directeur de la mission région capitale auprès du secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale. Cela ne fait-il pas beaucoup de chefs pour une seule région, toute capitale soit-elle ? Et bien non, bien au contraire, et ils seront fort heureusement épaulés par Guillaume Pasquier. Ah, vous n’avez pas été présentés ? C’est le conseiller au cabinet du secrétaire d’Etat (Christian Blanc, voyons, un peu d’attention !). Il est le chef de la mission de préfiguration, sous l’autorité du délégué ministériel. Ah oui, j’avais oublié de dire que Pierre Veltz est, de surcroît, délégué ministériel pour la mise en œuvre de la mission de préfiguration de la création de l’Etablissement Public Paris Saclay.

L’Etablissement Public Paris Saclay ? C’est très simple : c’est un nouvel outil juridique d’aménagement qui fera l’objet d’une loi avant l’août (foi d’animal, intérêts et principal) et qui concernera 49 communes, périmètre dans lequel l'État pourra déployer l’OIN, opération d’intérêt national, qui, elle, ne concerne que 27 des 49 communes en vertu du décret signé le 3 mars 2009 et où l’Etat, côté Blanc, confisquera tous leurs pouvoirs aux collectivités territoriales et leur demandera de faire la manche pour payer les tuyaux (de gaz). L’OIN débutera par la mise en œuvre de l'opération Campus, projet scientifico-immobilier pour le plateau, signé en février par ses 23 partenaires et pour lequel il ne manque que quelques centaines de millions d’euros de financement à l'Etat, côté Pécresse. Voilà.

Moquons, moquons mais méfions nous des apparences quand les usines à gaz ne semblent produire que du vent… Elles produisent en tout cas des emplois entre Bercy et Varennes et, certainement, y génèrent moult heures sup'...

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