« La solidarité ce n’est pas ici, la solidarité c’est à Paris ! ».
Petit reportage jeudi matin (8 octobre) devant le lycée Blaise Pascal, pour sentir un peu le climat de la mobilisation lycéenne dans notre ville. Depuis le 1er octobre, les élèves ont en effet rejoint le mouvement, en bloquant leur lycée et en exprimant avec clarté leur rejet des conditions d’études, la pression de Parcours Sup, les inégalités sociales entre lycées et les violences policières. Certes, il y a eu ces derniers jours devant le lycée quelques fumigènes et pétards, lundi une poubelle brûlée, mode d’expression sans aucun doute regrettable et pas à la hauteur du niveau de politisation et d’engagement pacifiste de l’immense majorité des jeunes. On ne peut néanmoins que constater que la réponse du gouvernement, traitant le mouvement par le mépris et la répression, n’a rien fait pour jouer l’apaisement, bien au contraire.
Pour revenir à "Blaise", ce jeudi matin vers 7h30, des petits groupes se forment : groupes de lycéennes et lycéens, un groupe de parents d’élèves, un groupe de militants de la France insoumise, dans une posture de médiation, un groupe de l’administration du lycée, proviseure en tête, visiblement contrariée. En résumé, son discours est que les élèves de Blaise Pascal ont de très bonnes conditions d’étude et qu’ils n’ont aucune raison de bloquer le lycée. Admettons, mais quand une militante LFI lui suggère que leur mouvement puisse être en soutien des lycéennes et lycéens d’autres établissements, qui n’ont pas forcément ces bonnes conditions d’études, elle répond : "la solidarité ce n’est pas ici, la solidarité c’est à Paris !". En substance : allez manifester tant que vous voulez à Paris, mais ici respectons notre en-soi orcéen (qu’on a déjà évoqué ici). Dans sa bulle.
Entre temps, un grand groupe de lycéens se forme devant l’entrée, brandissant pancartes et appelant leurs camarades à les rejoindre. Les parents d’élèves entrent alors en action, donnant de la voix et formant un corridor latéral pour permettre aux élèves qui le souhaiteraient d’entrer dans le lycée. Mais en fait, très peu d’élèves se bougent. Ainsi, sans qu’ils et elles n’en soit aucunement empêchés par celles et ceux qui bloquent, l’immense majorité des élèves restent devant le lycée et participent au blocage. La grille du lycée se referme, et la plupart des parents d’élèves repartent, l’air dépité. Certains restent, essayant de convaincre les élèves qu’ils compromettent leur avenir, rejoignant ainsi le discours de la proviseure.
Le soir même se tenait un conseil municipal, le premier depuis le début du mouvement. Le conseil municipal allait-il aborder le sujet, même s’il n’était pas à l’ordre du jour? Et bien non, les différents points se succèdent dans l’ordre prévu, et le conseil touchait à sa fin quand Nathanaël Rognon-Bechtold, conseiller d’opposition de la liste « Orsay insoumise et solidaire », demande la parole. Il félicite la jeunesse de France et dénonce la dérive autoritaire de notre pays et les violences policières. Extrait: "Les élèves de Blaise Pascal ont donné leurs voix pour une cause nationale, non pas simplement pour leur bien être personnel mais aussi pour celui de tous leurs camarades partout dans les lycées de France . Cette action nous oblige, nous habitants d’Orsay à répondre à cet appel. Je souhaiterais que l’on encourage et que l’on rejoigne notre jeunesse".
Devant cette forte interpellation, le maire était bien forcé de réagir, alors que visiblement il n’avait pas prévu d’intervenir sur le sujet. Mais une réaction bien tiède en réalité : il s’est félicité d’avoir rencontré une délégation de lycéens dans son bureau (mais s’est-il rendu sur place, devant le lycée ?), s’attardant longuement sur le projet de rénovation du lycée (qui n’est donc pas en si bon état ?), dénonçant quand même la réforme Blanquer et réaffirmant un "vrai soutien" (pourquoi est-il besoin de le qualifier de "vrai" ?) aux revendications qui sont portées. Mais en rappelant par deux fois qu’elles doivent s’exprimer dans un cadre "serein et républicain" (ce qui a été presque intégralement le cas, ce rappel était-il donc nécessaire ?). Pas de dénonciation, à l’échelle nationale, des violences policières et du nombre hallucinant de gardes à vue injustifiées, pas de valorisation de l’engagement solidaire des lycéennes et lycéens d’Orsay vis-à-vis de leur camarades moins favorisé.es. L’entre-soi, sereinement.
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