Hier soir, à la salle Jacques Tati, réunion publique à haut risque pour la nouvelle équipe municipale d’Orsay : le sujet était l’aménagement du « cœur de ville », c’est le joli nom donné à la nouvelle place située sur l’emprise de l’ancienne poste, le parking qui était derrière, et quelques beaux arbres qui avaient eu la mauvaise idée de pousser dans ce périmètre. Haut risque, car tout au long de la campagne électorale la question de cet aménagement a été un fardeau, voire un boulet, pour la liste « Énergies Orcéennes », héritière du projet du précédent maire, et confrontée à un mécontentement généralisé des habitant.es.
Parmi les principales critiques entendues durant la campagne électorale : une concertation en trompe l’œil, dans laquelle on a demandé aux orcéen.nes de choisir entre des options prédéfinies, sans que les attentes des habitant.es n’aient été sérieusement considérées ; une part de logements sociaux au minimum réglementaire, tous regroupés dans un seul bâtiment au lieu d’être distribués dans l’ensemble des édifices ; un projet d’urbanisme sur dalle très daté, avec abattage de grands arbres, alors que les canicules sont devenues fréquentes depuis les premières réflexions sur ce projet, qui date d’une dizaine d’années et qui semble aujourd’hui dépassé.
Qu’allait-il donc se passer ce soir ? Remise à plat de tout le projet ? On n’y croyait pas. Opération de « com », pour convaincre les gens que le projet est bon, mais que c’est eux qui ne l’ont pas bien compris ? Ils n’auraient pas osé. On a eu de fait un truc bizarre, très cadré, et présenté comme se situant dans la continuité du projet : il s’agissait ainsi de discuter des « éléments d’ambiance qui restent à préciser ». Et c’est quoi des éléments d’ambiance ? Des petits détails comme le design des bancs publics ? L’intensité de l’éclairage ? Et bien non, pas du tout, c’était :
- 1, une place végétale ou minérale ?
- 2, piétonnière ou carrossable ?
- 3, animée ou calme ?
- 4, mono-usage ou multi-usage ?
C’est à dire des choix entre de grandes options d’aménagement, qui auraient dû être débattues très en amont du projet. Comment peut-on proposer de discuter de cela alors que dans le même temps on précise qu’il y a « quelques invariants techniques et réglementaires » qui « ne sont pas négociables », comme « une implantation des arbres contrainte » (à cause des réseaux qui passent en dessous) ? Et qu’on annonce, comme un trophée, que 21,5 % de la place sera de pleine terre (et donc bétonnée à près de 80 %) ? Après le trompe l’œil, le jeu de dupe.
Mais le public a quand même accepté de jouer ce jeu (1), en s’exprimant dans des ateliers à base de post-it pour les idées et de gommettes pour voter entre les quatre options proposées. Toute question sur la méthodologie et les conditions de cette consultation avait été renvoyée à la fin de soirée, après les ateliers. Le tout était animé par un consultant spécialiste de concertation (du cabinet « Cityzens factory ») et une consultante spécialiste d’aménagement urbain (du cabinet « La condition urbaine »). Tous deux semblaient techniquement solides, mais percevant sans doute que les conditions de l’échange étaient biaisées. Verdict des gommettes : il est ressorti de leur synthèse que les participants voulaient une place végétale, piétonnière, multiusage, et ni trop animée ni trop calme, tout en pointant de possibles contradictions. Gageons que les partisans du tout-voiture, qui visiblement n’étaient pas présents ce soir, vont remonter au créneau. La boite de Pandore semble ré-ouverte…
Et puis il y a enfin eu le temps d’échange avec la salle, où sont ressorties, comme on pouvait s’y attendre, les questions fondamentales : Jusqu’où irait la piétonisation ? Comment penser cet aménagement en se projetant en 2050 ? Et plus tranchant encore : Le « cœur de ville » est-il bien celui dont on parle ? Ne faut-il pas penser cet aménagement dans un cadre élargi, incluant l’ancien hôpital (et ce qui va devenir), la mairie, le marché, la nouvelle poste, les autres parcs de la ville ? Question à laquelle l’élue en charge du dossier, Véronique France-Tarif, a répondu que ce n’était pas l’objet de la réunion, mais que la question était cependant pertinente...
Rémi Darmon a conclu en disant qu’il faudrait trouver le bon équilibre dans tout ce qui avait été évoqué, et tenir compte des contraintes budgétaires. Il était visiblement très satisfait de la soirée : « on a voulu lancer ce mandat avec une nouvelle façon de faire, et donc proposer des ateliers, des gommettes, des images, des réflexions, des contradictions aussi, c’était une nouvelle façon de concevoir l’action publique. » On n’est pas convaincu que post-it et gommettes puissent se substituer à une clarification sur les tenants et aboutissants de la concertation… Le prochain rendez-vous est fixé au 18/06 et ne sera pas forcément un îlot de fraîcheur…
(1) Voir le reportage dans les albums photos du blog