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Nous les CAS, on ne s'était jamais penchés sur la question de l'extinction des dinosaures il y a 65 millions d'années, à la fin du Crétacé, et c'est un tort. Alors on s'est pris à y penser, en adoptant le point de vue des dinosaures eux-mêmes : ça a dû être une épouvantable tragédie. Moins peut-être pour ceux qui étaient là depuis longtemps (les premiers seraient apparus il y a environ 230 millions d'années) que pour les dernières espèces apparues : imaginez un beau dinosaure, dernier modèle paru, bardé de toute la technologie de l'évolution du vivant, cuirasse impénétrable, dents acérées dernier cri, près à dévorer tous les autres...et bing ! disparition dans la grande extinction, cruelle ironie darwinienne.

 

dino6_20140530_0001Ça nous a fait de la peine de penser à ce dernier des dinosaures, et du coup ça nous a donné un peu de compassion pour la future Université Paris-Saclay. C'est une étude internationale de chercheurs français et canadiens qui nous suggère ce bizarre parallèle. En étudiant l'origine géographique de millions de publications scientifiques parues entre 1987 et 2007, ils ont mis en évidence un double phénomène de déconcentration de la science : non seulement au profit des pays émergents et donc aux dépends des anciens « grands » pays scientifiques ; mais aussi, au sein des pays, au profit des grandes villes régionales et aux dépends des capitales. Ainsi, par exemple, la Chine est passée du 18ème rang mondial en 1987 au 2ème en 2007. Et au sein de la Chine, Beijing (Pékin) et Shanghai, qui représentaient plus de la moitié de la science chinoise en 1987, sont tombées à moins d'un tiers en 2007. Du coup, la part des dix premières villes productrices de science dans le monde est passée de 20% en 1987 à 13% en 2007. Tout l'inverse de l'Université Paris-Saclay : elle représente aujourd'hui 13 % de la recherche française et ambitionne à terme d'en concentrer 20%, cherchez l'erreur...

Le communiqué publié par le CNRS conclue que ces résultats « permettent de remettre radicalement en question les postulats selon lesquels la production scientifique obéirait à un processus inéluctable de concentration dans quelques grandes métropoles, en direction desquelles il faudrait concentrer les moyens. »

Revenons donc aux dinosaures, puisque c'est cela qui nous préoccupe vraiment en ce moment : les derniers dinosaures apparus à la fin du Crétacé étaient vraiment à contre-courant de l'histoire évolutive. Mais ils avaient, les pauvres, deux solides circonstances atténuantes : ils sont apparus spontanément, sans que personne ne leur demande leur avis, et en plus personne ne les avait averti de ce qui allait leur arriver. Tandis que l'Université Paris-Saclay...

Références :

Cities and the geographical deconcentration of scientific activity: A multilevel analysis of publications (1987–2007), Michel Grossetti, Denis Eckert, Yves Gingras, Laurent Jégou, Vincent Larivière, Béatrice Milard, Urban Studies, Novembre 2013
http://usj.sagepub.com/content/early/2013/11/20/0042098013506047.abstract

Communiqué du CNRS : Une nouvelle géographie mondiale des villes de science se dessine
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/3353.htm