Le 25 mai 2009, Pierre Veltz, délégué interministériel en charge de l’Etablissement public de Paris-Saclay accompagné de Guillaume Pasquier, chef de la mission de préfiguration de cet établissement public et de Lise Mesliand, architecte urbaniste responsable de l'aménagement dans le cadre de l'OIN, recevait le monde associatif. Après un accueil cordial, il nous a exposé ses trois grands principes pour l'aménagement du plateau de Saclay : 

1)  « Faisons l'aménagement sur les berges du grand lac vert ». Cette belle formule résume le premier principe, à savoir que nous avons « une chance extraordinaire d'avoir à 15 km du périphérique un espace ouvert et vert très peu connu du public » et qu'il faut donc
« préserver autant que possible cet espace naturel travaillé »
, le travaillé faisant référence au caractère à dominante agricole de cet espace. Bon, passons sur le périphérique comme point de référence (on aurait préféré quelque chose de moins routier) et sur le caractère très peu connu du plateau de Saclay... C'est essentiellement le «  préserver autant que possible » qui rend dubitatif, mais Pierre Veltz se veut rassurant : « le nouveau SDRIF nous convient », façon de dire que les 2300 ha d'espace agricole seront préservés, l'aménagement se ferait sur les bords du plateau.

 2)  Deuxième principe : « pour les zones d'aménagement elles-mêmes, principe d'économie d'espace »: les écoles et les centres de recherche déjà présents se sont étalés de façon excessive, il est possible de densifier sur les emprises existantes. « Ce n'est pas parce que l'espace est abondant qu'il faut l'utiliser sans compter » Encore une belle formule, mais belle en apparence seulement, car elle sous-tend l'idée que l'espace agricole est
« disponible » c'est à dire que son occupation par l'activité agricole ne le rend pas indisponible pour les autres activités: chasser le naturel de l'aménageur, il revient au galop... Mais ne nous arrêtons pas à ce que l'on peut considérer comme une maladresse de langage, quoique révélatrice. Le principe de la densification des espaces existant est intéressant, pour peu que l'on prenne en compte toutes les implications de cette densification, notamment en terme de besoin de transport.

 3) « Nous avons besoin de votre appui pour que ce projet soit mené dans une optique de développement durable ». Pierre Veltz décline rapidement les dimensions de ce troisième principe de durabilité : mobilité, eau et assainissement, biodiversité, espace naturels et artificialisés, énergie. Et c'est là qu'une incohérence forte apparaît. Pierre Veltz nous propose ainsi, après avoir posé les deux premiers principes de parcimonie dans l'urbanisation de nouvelles terres et de densification des espaces déjà urbanisés, de faire cela dans une perspective de développement durable, en concertation avec le monde associatif : l'ordre n'est pas le bon, et nous le lui avons dit. C'est bien au contraire sur la base d'une large consultation sur ce que pourrait être un développement durable de ce territoire que des principes d'aménagement pourrait se dégager. Un débat public d'options générales d'aménagement organisé par la CNDP, tel que nous le réclamons depuis près de deux ans et demi, serait certainement le bon outil pour faire émerger des principes d'aménagement partagés par tous: par exemple ne jamais considérer l'espace agricole comme « disponible » ; ou encore aller jusqu'au bout d'un principe de densification en questionnant l'opportunité du déménagement de l'université Paris Sud et en la reconstruisant sur l'emprise existante ; ou encore remettre en cause l’approche du cluster retenue a priori, reposant sur la concentration spatiale. Ce ne sont que quelques exemples, car on ne peut préjuger de la richesse des propositions qui peuvent émerger d'un tel débat.

 Alors ce débat aura-t-il lieu ? « Nous n'y sommes pas opposés » a répondu Pierre Veltz, il faut voir « quel serait son périmètre géographique » : très large (les 7700 ha du plateau) ou à l'inverse très étroit (le périmètre du plan Campus) ? Réponse complétée par Lucien Chabason qui rappelle que le débat peut porter sur un projet d'aménagement précis ou sur une option générale d'aménagement (option que nous défendons).

 Et bien allons-y tout de suite ! Plus de deux ans ont passé depuis notre première demande d’organisation d’un débat public CNDP, mais on peut encore rattraper le temps perdu. Avec l’expertise que les associations présentes à la réunion ont démontrée (et que Pierre Veltz a saluée), l’Etat devrait rapidement pouvoir monter le dossier. La balle est clairement dans le camp des aménageurs, à suivre.... vite !