Rappelons nous le bon vieux temps : concours à idées sur l’aménagement du Plateau de Saclay, charte de la concertation, démarche exemplaire, réunions publiques etc., oui c’était le bon vieux temps (Cf rubrique OIN de ce blog). Nous étions certes méfiants, remarquant que tout cela ne dépendait guère que du bon vouloir de l’Etat, qui n’avait pas souhaité inscrire sa démarche de concertation dans un cadre clairement défini. Nous avions pourtant, avec d’autres associations, demandé l’ouverture d’un débat public qui soit organisé dans le cadre de la Commission Nationale du Débat Public, gage de sérieux et de qualité de la démarche. Mais l’Etat avait répondu que c’était trop tôt, que l’on débattrait quand le projet serait suffisamment avancé.

La mission de préfiguration de l’OIN se contentait donc de quelques réunions dans les villes du périmètre, de réunions avec les associations. C’était sympa, certes un peu dans l’ambiance une-main-tendue-et-l’autre-cachée-dans-le-dos-avec-une-grosse-massue, mais sympa quand même, on aurait fini par y croire, par oublier la massue. Et puis depuis quelques temps, en gros depuis la nomination en mars 2008 de Christian Blanc comme secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale, en charge notamment de l’aménagement du Plateau de Saclay, plus rien, silence radio. Le calme avant la tempête ?

Au début de la semaine ça frémissait, et mardi matin, le dit Christian Blanc recevait les élus des villes de la CAPS pour leur présenter son projet. Lui aussi avec la politique de la main tendue et la massue, mais dans une version légèrement modifiée : le coup de massue d’abord, la main tendue après. Voyez plutôt (ce qui suit est un libre compte rendu des informations que David Ros, maire d’Orsay a rendu publiques lors du Conseil Municipal du 22 Octobre).

1) Le Campus de la Faculté d’Orsay déménagera sur le Plateau. En conséquence tout l’espace compris entre l’Ecole Polytechnique et le CEA, en passant par la Ferme de la Martinière, et limité au Sud par le rebord du plateau sera urbanisé. Cela représente 800 ha de terres agricoles. Or, pour pouvoir conserver les 2300 ha de terre agricoles sur lesquelles la plupart des élus du secteur étaient d’accord, le maximum urbanisable dans ce secteur était de 300 ha. Résultat 500 ha de plus de bétonné.

2) Il y aura une loi pour sanctuariser les 1800 ha restant. Alléluia.

3) Le sanctuaire c’est en surface. En sous sol passera un métro reliant Orly-Massy-Saclay-Versailles. Voila sûrement de quoi canaliser un peu l’hydrologie capricieuse de ce plateau.

4) Petits détails : dans les 800 ha, il y aura des logements pour 25.000 chercheurs et étudiants et pour relier le plateau et la vallée, un funiculaire montant de la gare de Lozère (pratique pour les étudiants restés en rade dans quelques résidences universitaires de la vallée).

5) Sur l’ex campus d’Orsay : des start-up (c’est connu, les start-up, il suffit de leur donner des vieux bâtiments pour qu’elles aient envie de venir s’installer).

6) Tout le projet sera bouclé d’ici la fin de l’année ; au printemps 2009 une loi en précisera la "gouvernance", du style Etablissement public d’aménagement. En clair : c’est moi qui décide tout, et quelques miettes pour les collectivités locales.

7) Mise en œuvre : dans les 10 ans.

8) Coût : estimé à un milliards d’euros, (sans compter le métro souterrain, pour lequel il faudrait rajouter autant). Pour financer : des partenariat public privé (PPP), montages où l’on confie au privé le soin d’investir. En ces temps de récession, c’est gagné d’avance (c’est peut-être le point faible du projet, encore que pour que le privé puisse investir, il suffit de lui repasser de l’argent public, et ça le gouvernement sait faire).


A la fin de l’exposé, Christian Blanc, très à l’aise, a déclaré "maintenant la concertation peut commencer". La main tendue, encore et toujours.