Dans notre précédent article, on annonçait deux réunions publiques sur fond de déni de démocratie et on n’a pas été déçus : hier soir à Orsay, ça a presque tourné à la farce, qu’en sera-t-il demain à Palaiseau ?

La réunion concernait le Contrat de développement territorial (CDT) Paris-Saclay. Il s’agit d’un contrat passé entre l’Etat et 7 communes (Bures-sur-Yvette, Gif-sur-Yvette, Orsay, Palaiseau, Saclay, Saint-Aubin, Les Ulis) et dont l’Etablissement Public Paris-Saclay (EPPS), qui n’est pourtant pas directement partie prenante de ce contrat, assure l’élaboration, « l’ingénierie » comme ils disent. En réalité, cet établissement public est bien le bras armé de l’Etat et le responsable de la partie la plus importante de l’aménagement du territoire concerné. Quoi qu’il en soit, le 2 septembre 2013, les sept maires concernés et l’Etat ont adopté et rendu publique (ici) une première version de ce contrat, document de 220 pages articulé en 54 sous-projets, engageant le territoire pour les 15 années à venir. Mais au lieu qu’il soit mis en débat avec la population, l’EPPS a continuité d’y travailler pendant ces 10 derniers mois, sans concertation avec les habitants du territoire. De nombreux aspects du projet ont ainsi été modifiés. On attendait donc hier l’annonce de la publication d’une version actualisée du document.

Et bien non. Le document qui sera mis à l’enquête publique est celui-là même qui a été rendu public en septembre 2013. Les modifications qui ont été faites depuis ne seront pas présentées dans le dossier de l’enquête publique. Cela parait incroyable, mais c’est bien l’intention affichée. L’EPPS-qui-n’est-que-le-soutier-du-projet-et-qui-n’est-pas-signataire-du-CDT (on se tue à le répéter) est resté sourd aux réactions indignées de la salle ainsi qu’aux subtiles analyses de Jacques Manesse, grand spécialiste de ces procédures, alertant à demi-mots sur la potentielle illégalité de l’enquête publique censée s’engager à l’automne. L’EPPS est resté droit dans ses bottes, accompagné du grand silence (embarrassé ? complice ?) des maires présents, ceux d’Orsay, Gif et Bures. Quant au déficit de concertation depuis 10 mois, pas de problème : "vos élus vous représentent" nous dit l’EPPS. "La gouvernance c’est entre les élus et l’Etat". Circulez, y a rien à voir. Silence (acquiescement ?) des trois élus.

Sur le fond du projet, il y a malgré tout quelques petits trucs à voir… Par exemple les nuisances non contrôlées dues à la circulation routière, qui ont suscité beaucoup de questions et observations.

De nombreux aménagements sont prévus le long de l’axe N118 – RD36 et sont décrits dans le CDT: transformation des ronds-points des Ulis, de Mondétour, de l’échangeur de Corbeville, du Christ de Saclay, et se prolongeant par un aménagement en 2 x 3 voies de la RD36 en direction de Villiers le Bâcle, St Quentin en Yvelines et la N12. Contre l’évidence, le représentant de l’EPPS a nié que ces aménagements feraient augmenter le trafic sur la N118, osant même affirmer que le projet Grand Paris allait empêcher sa complète saturation. Son collègue, spécialiste de la circulation, a fini par reconnaitre que le trafic futur ne serait « pas bien supérieur » à celui d’aujourd’hui et ne ferait que « tangenter » le maximum. C'est ce qu'on appelle prendre la tangente... En bref, ils ne savent pas trop, mais le trafic va augmenter : avec 70 000 usagers supplémentaires sur le plateau et un habitat en plein développement dans le sud de l’Ile de France, cela parait logique. Le représentant de l’EPPS a affirmé que la Francilienne n’était pas bouclée et ne le serait jamais, là encore contre l’évidence, comme nous l’avons montré ici. Quel impact pour la santé des riverains de la pollution atmosphérique supplémentaire ? Pas de réponse. Quels impacts sur les circulations agricoles du triplement du RD36 ? Pas de réponse.

Les habitants de Gif ont fait état de leurs inquiétudes concernant l’augmentation, dans la vallée, de la circulation induite par le réaménagement du rond-point de Saint Aubin prévu dans le CDT, mais n’ont obtenu que des réponses embrouillées.

Sur toutes ces questions de circulation routière, l’EPPS reste ainsi chevillé au credo des trente glorieuses : on fait des routes adaptées au trafic. Alors que l’expérience montre que c’est au contraire le trafic qui s’adapte aux infrastructures routières existantes : plus on fait de place aux voitures, plus il y a de voitures. Une révolution conceptuelle qui mettra du temps à cheminer dans la tête de nos brillants ingénieurs.

L’EPPS a ensuite botté en touche sur la hauteur des bâtiments sur le plateau, en disant que cela était du ressort des maires, tout en annonçant une hauteur maximale de 25 mètres. Silence des maires (acquiescement ? courage, fuyons ?)

Et puis, inlassablement, sont revenues les questions sur le financement et surtout sur le bien-fondé du projet d’aménagement : N’est-il pas démesuré ? Le principe consistant à concentrer 20% de la recherche nationale au même endroit est-il une bonne idée alors que le mouvement mondial (voir ici) est inverse ? Pourquoi vouloir attirer les entreprises alors que le plateau est déjà cerné de plusieurs zones d’activités ? A ces questions précises, une réponse en forme de credo, sur la nécessité du développement économique, transports, logement et soit-disant emplois qui vont avec, mais sans aucun argument convaincant.

Toute la présentation a été faite par l’EPPS, sans intervention des maires, pourtant interpelés à plusieurs reprises. Courageusement, l’un d’eux, David Ros, maire d’Orsay, est finalement monté sur l’estrade. Mais ce fut d’abord pour couper court à la relance d’une question concernant la pollution atmosphérique et qui n’avait pas reçu de réponse satisfaisante. On imagine combien le maire d’une ville traversée par une autoroute dont le trafic va augmenter doit être mal à l’aise avec ce genre de questions (voir ici), qui mettent en cause sa responsabilité d’assurer la protection de la population de sa ville. Et ensuite, en guise de conclusion, alors que l’on attendait qu’il invite l’EPPS à tenir compte des légitimes attentes et inquiétudes de la population, on a eu droit, sur un ton oscillant entre la condescendance et un discret chantage, au discours du parfait VRP du projet Paris-Saclay : et que la recherche d’aujourd’hui c’était les emplois de demain (ah ! le progrès technologique créateur d’emploi…) et que sans le CDT on aurait quand même le projet mais sans le financement de son accompagnement (mais l’aura-t-on avec le CDT ?)... Circulez, y a toujours rien à voir. Désolant.

Prochaine réunion demain à Palaiseau, rien de prévu sur les cinq autres communes concernées par le CDT, pas de calendrier de réunion publique à la rentrée. Bref, une concertation exemplaire.