Dans un précédent article, nous avons illustré, sur le cas de la circulation routière et de la qualité de l'air, combien le CDT Paris Saclay version 2 était une simple juxtaposition de projets sans vision globale et sans concertation. En gros on va construire, de part et d'autre de la N118, une ville avec des logements, écoles, équipements universitaires et sportifs, etc. sans aucune prévision sérieuse de l'augmentation du trafic sur cette autoroute et sans étude d'impact sur la santé des riverains.

Depuis, nous sommes allés consulter l'avis de l'autorité environnementale (Ae) sur le CDT, et nous avons constaté qu'elle ne disait pas autre chose que nous, bien qu'en termes plus diplomatiques. Mais là, ce ne sont plus les olibrius de CAS qui le disent, ce sont des experts, des « vrais », des labellisés.

Ainsi, dans la synthèse de cet avis, on note (p.3 et 4) deux recommandations :

« compléter l'évaluation environnementale (état initial, analyse des impacts, mesures de réduction) pour ce qui concerne la modélisation des déplacements, et leurs conséquences pour la qualité de l'air et mettre en œuvre des dispositif permettant de la suivre en continu. »

En clair : faire une étude d'impact du trafic routier sur la qualité de l'air,

«  mieux justifier les motifs, en particulier environnementaux, pour lesquels certains projets présentés sont retenus au regard des autres variantes envisageables, en particulier pour les projets routiers et ceux susceptibles d'affecter les lisières boisées. »

Ben oui, mais aucune variante n'a été envisagée...

Plus loin, dans le détail de l'avis, p.13 :

« … le volet relatif à la qualité de l'air reste encore incomplet : en dépit des compléments apportés par rapport à la première version du CDT, l'évaluation environnementale n'apporte pas d'information même qualitative sur les concentrations des principaux polluants à proximité des axes routiers ou des projets du CDT. »

C'est clair et net : l'Ae considère qu'aucune étude d'impact sur la qualité de l'air n'est présentée dans l'étude d'impact.

Et en caractères gras, p.14 :

« l'Ae recommande que l'état initial soit complété par une estimation de la qualité de l'air sur le territoire du CDT, a minima pour les principaux paramètres (oxydes d'azote, particules fines, ozone). Compte tenu des impacts prévisibles des nombreux projets du CDT, elle recommande que ces indicateurs fassent l'objet d'un suivi en continu sur le territoire, en particulier pour être en capacité d'en évaluer l'enjeu avant réalisation du CDT et pour en connaître l'impact tout au long de la vie des différents projets. »

Plus loin, p.15, au sujet de l'ensemble des projets routiers :

« Pour l'Ae, en l'absence de données et d'une évaluation pertinente sur les impacts de ces projets sur la qualité de l'air et sur l'ambiance sonore, l'argument consistant à s'appuyer principalement sur l'objectif de « fluidification du trafic »ne saurait constituer une justification environnementale. »

En clair : l'argument « pas de bouchons, pas de pollution » n'a pas convaincu les experts... la ficelle était effectivement un peu grosse.

Etc. etc... On est effarés devant tant de négligence : les impacts du projet ne sont pas étudiés sérieusement. Et la qualité de l'air n'est qu'un exemple, mais il y en aurait bien d'autres : gestion de l'eau, des paysages, absence de compensation écologique, parkings, consommations énergétiques, émissions de gaz à effet de serre... L'avis de l'autorité environnementale, bien qu'arrondissant les angles autant que de possible, est carrément assassin. Il dit en substance que l'étude impact environnementale est insuffisante, et sous-entend que, si elle avait été bien faite, le projet serait recalé. C'est une bombe.

Le truc qui tue : sous le sérieux des experts qui ont analysé cette bouillie pour chat, pointe l'ironie (p.16):

« on pourrait s'attendre, sur ce territoire d'innovation, à ce que les projets du CDT témoignent d'une ambition particulière en matière de prise en compte de l'environnement, à la hauteur de l'ampleur de ses impacts. En particulier, s'agissant de la création quasiment ex nihilode nouveaux quartiers, ces développements pourraient intégrer systématiquement les solutions issues des travaux (études et recherches) visant à promouvoir une urbanisation économe en espace et en énergie. L'état d'avancement des différentes fiches "projet" n'en apporte pas encore la démonstration. »

Pas encore... mais quand ?